Faites parler les images #10 … Surprise !

C’est le mois des dizaines !

  • Dix juin,
  • Dixième atelier d’écriture,
  • Dix images,
  • Dix ans que j’ai créé ce blog !

Voici donc de nombreuses occasions pour lancer cette nouvelle édition de « Faites parler les images », différemment cette fois-ci.

Vous allez découvrir au fil des lignes les quelques surprises que je vous ai préparées, et ceci pour vous remercier chaleureusement de votre fidélité et de votre générosité.

➙ Premièrement, je vous propose cette fois-ci, non pas une seule, mais dix images différentes.

Faites votre choix! Cela laissera plus de souplesse à votre créativité. Juliette pourra, elle aussi, profiter de ce moment de répit.

Si vous n’aimez pas cette récréation, pas de soucis, je vous impose alors l’image numéro 3 (la paire de chaussures poussiéreuses).

➙ Deuxièmement, je remercierai chaque participant de ce dixième atelier en lui envoyant une petite carte papier au format 13 cm x 19 cm, d’une photo au choix de la galerie Mongolie, par ici.

➙ Pour finir, je suis heureuse d’offrir à mes 4 participants les plus fidèles, un tirage papier au format  20 cm x 30 cm, d’une photo au choix de la galerie Mongolie, par ici aussi.

Je nomme ainsi : Pascal C. qui a participé aux 10 ateliers, ainsi que Antoine Q. pour ses 9 contributions. Un très grand merci pour vos histoires qui m’ont apporté beaucoup d’émotions et surtout de l’admiration devant ce talent que vous avez de transporter avec les mots.

Je nomme également Dorothée et Annette. Vous avez participé (ex æquo) aux 6 premiers ateliers avec autant de talent. J’attends votre retour ici :).

Voici tout de même un court protocole pour ce numéro 10.

  • Vos textes devront être publiés sur le blog avant le 15 juillet. Vous trouverez tout à la fin de l'article (après les commentaires) la partie pour copier votre texte (sous "Laissez un commentaire").
  • Pour ce dixième atelier, j’espère que vous me tricoterez un texte d’au moins de 20 lignes, minimum (ou 1500 signes). J'espère ne pas décevoir les personnes inspirées par des Haïku, il y en a eu de très beaux par le passé d'ailleurs.
  • Mentionnez l'image choisie en fin de texte
  • Pour finir, n’oubliez pas de mettre une adresse de messagerie valide, pour que je puisse vous contacter à la fin de l’atelier. Ce ne sera pas avant fin juillet, le temps de clore l’atelier, et de rentrer en Suisse pour moi, car je suis toujours encore en Lettonie. La route est longue et certains passages de frontières encore incertains.

Je me réjouis de vous lire et de poursuivre cette rencontre mensuelle avec vous ;).

Belle inspiration à toutes et à tous.

Céline

Si vous souhaitez relire le principe; rendez-vous ici.

Une succession de mots, une phrase, un ou plusieurs paragraphes, 2000 signes maximum (soit environ 400 mots), voici l’espace que je vous offre pour vous exprimer ici.

Ma photographie ne comprendra ni lieu ni date, afin de ne pas influencer votre histoire, votre ressenti vis-à-vis de la scène, des couleurs, ou de l’ambiance qu’elle dégage.

Vous pouvez publier de manière tout à fait anonyme en laissant un pseudonyme par exemple. Sachez également que l’adresse email, requise pour envoyer le commentaire, ne sera ni publiée ni diffusée, selon le respect de la loi sur la protection des données (GDPR).

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Dorothée

Voilà, c’est fini. Tu as quitté tes habits de Servant de Dieu, revêtu une veste simple, un pantalon, des chaussures confortables et tu as refermé la porte. Comme chaque jour mais aujourd’hui tout est différent. D’ordinaire tu regagnes d’un pas vaillant le village, mais là, tu hésites encore un instant. Le vacarme lancinant des vagues, tel le murmure de Dieu pendant la prière, c’est fini. La lumière parcimonieuse éclairant le Christ en croix, c’est fini. Ton oeuvre auprès des hommes et des femmes qui entrent ici, c’est fini. C’est ton dernier jour ici.

Une page de ta vie se tourne. Tu as aimé cet endroit, ta foi s’y trouvait bien. Le vent, la mer, le roc, le sable, ils t’ont inspiré bien des sermons aux pêcheurs, bien des consolations aux âmes perdues. Aujourd’hui ils ne te parlent plus.

Longtemps tu as prêché, baptisé, marié, célébré les vivants et les morts. Rien ne pouvait te détourner de ton sacerdoce, tu avais fait de ta vie une mission, celle de maintenir le lien entre Dieu et les hommes. Tu ne les comprenais pas toujours, te retenais de les juger, tu voulais les entourer de Sa Lumière et de son Amour. Il te semblait que tu en étais heureux.

Ce matin pourtant, ta foi s’est envolée, comme une sardine engloutie par un goéland.

Cette femme était venue par un après-midi ensoleillé. La mer avait quitté sa couleur maussade pour devenir azur. Tu avais laissé la porte ouverte aux réguliers, aux touristes, aux passants, tous étaient bienvenus dans Sa maison. Elle était entrée, seule, ne t’avait pas adressé la parole. Elle avait fait le tour de la chapelle, l’air furieuse. Tu l’avais vue s’adosser au mur, les mains plaquées sur la pierre, comme pour en tirer de la force. Tu t’étais approché, curieux. Elle sentait l’alcool et la douleur, les larmes et la colère. Elle était belle encore mais semblait abîmée par la vie.
Puis-je vous aider ma fille ? Lui avais-tu demandé.
Non et je ne suis pas votre fille ! avait-elle craché.
Tu t’étais éloigné un peu, sachant combien certains ont besoin de temps pour se laisser apprivoiser. Pour toi, le hasard n’existait pas, Dieu décidait de tout, tu étais serein.

Elle était repartie, et le lendemain, elle était revenue. Et tous les jours ou presque, pendant un an, elle s’était adossée à l’un des murs quelques instants, comme plaquée par une force invisible, puis rageusement, avait quitté la chapelle. Chaque fois tu t’étais tenu à quelque distance, espérant de plus en plus un mot, une ouverture. Peu à peu, elle avait envahi tes pensées. Qui était-elle ? Comment s’appelait-elle ? D’où venait-elle ? Qu’avait-elle vécu ? Elle était devenue ton obsession. La nuit tu rêvais d’elle. Au début, tu la voyais sécher ses larmes, s’apaiser à force de discussions, de dialogues entre une brebis égarée et son berger. Tu imaginais que la colère l’abandonnait et qu’elle tournait vers toi un regard lavé de sa souffrance grâce à ta compassion, ta bienveillance, l’amour du Seigneur que tu lui insufflais. Puis il avait bien fallu que tu le reconnaisses, tu as eu envie de la sentir s’ouvrir à toi, et toi seul, corps et âme.

Tu as eu beau lutté, prié, le désir ne se tarissait point. Ton coeur bondissait quand elle apparaissait, ton corps souffrait quand elle s’en allait. Tu t’es mis à questionner tes paroissiens sous couvert du souci, bien réel, que tu te faisais pour elle. Mais personne ne savait rien sur elle.

Ce matin, on est venu te dire qu’elle avait mis fin à ses jours.
Et tu as ressenti, au plus profond de toi, que Dieu n’existe pas.

(Photo 4)

Juliette Derimay

Merci Dorothée pour cette poignante histoire d’une vie qui bascule. L’évolution du personnage est très bien menée, par petites touches, ce serait presque le début d’un texte plus long, d’une quête, d’un polar sombre ? Qui était-elle ? Pourquoi ce désespoir ? Pourquoi ces visites sans paroles ? Pourquoi dans ce lieu précis ? Pourquoi ??? A quand la suite ?

Dorothée

Merci beaucoup Juliette. Il n’y a pas plus belle récompense stimulante que cette envie d’une suite chez le lecteur, pour moi qui peine à « écrire long ».

pascal chambon

Très beau texte Dorothée, puissant, sur la passion et le doute. On entre dans le texte et on ne le quitte qu’au dernier mot. Plus elle lui résiste, plus il se fissure, jusqu’à la chute. Bravo et bel été 🙂

Dorothée

Merci beaucoup Pascal, ça me va droit au coeur comme commentaire, de la part du très talentueux auteur des « fantômes de l’Excelsior »… j’ai été happée et envoûtée par l’atmosphère, ton héroïne et ses compagnons. bel été à toi aussi

Antoine QUESSON

Superbe, beaucoup d’émotion, texte poignant plein de souffrance. Merci pour cette vie donnée au lieu et à la personne. Admiratif. Bravo.

Dorothée

Merci beaucoup Antoine, moi j’admire vos jeux avec les mots comme une enfant devant un magicien. Rendez-vous compte, je n’entendrai plus jamais parler de Paimpol ou de Paris-Brest sans penser à vous ! C’est bluffant !

Dorothée

Que de compliments j’en rougis, Céline ! Je voulais être au RDV, je me suis isolée quelques heures pour poster avant que le 15 juillet ne soit écoulé. Je suis ravie que mon texte te plaise et c’est avec un grand plaisir que je poursuivrai à contribuer aux « faites parler les images ». Un immense merci à toi de nous offrir cette aventure.

Antoine QUESSON

Merci, Céline de nous donner l’occasion de partager nos écrits sous des formes si différentes et de les accueillir. Heureux de pouvoir poursuivre avec tous, auteurs différents mais que j’aimerais découvrir encore plus. Que de richesses.

Juliette Derimay

En hommage au 10 de Céline, 10 textes de 10 fois 10 mots, 1000 mots en tout, ou plutôt 1000 mercis à elle qui nous laisse nous amuser avec nos mots si près de ses précieuses images, en toute liberté 😉

1
Tu aurais dû faire attention au cadre. Aux attaches. Elles sont dans le cadre, comme on dit en photo. Dommage, c’était plutôt bien fait, aligné sur la tapisserie, la lumière vient de gauche, l’œil commence par la forêt, les cavaliers sur leurs rennes, puis le regard se laisse guider par les traces sur la neige, il arrive aux tentes, au filet de fumée qui ramène sur la gauche, à la case départ du voyage de l’œil dans le tableau. Te laissant de côté, toi le personnage en orange qu’on ne remarque presque pas tellement tu es au bord du cadre…

2
Longtemps je me suis couchée de bonne heure, à la recherche du temps perdu des sommeils de l’enfance, du temps perdu des rêves de l’enfance. Quand tout est encore faisable, quand l’impossible n’est jamais un frein, quand le fantastique est la règle. Quand un baiser de maman anéanti pour la nuit entière les angoisses, les peurs et les dragons, quand les plus grandes frayeurs sont celles qui se cachent sous le lit, quand dans un seul rêve et en une seule nuit on est éboueuse, marin, architecte, aventurière ou poète. Quand le monde des grands nous est encore grand ouvert…

3
Seules les chaussures neuves sont vides. Les tiennes sont encore toutes remplies de toi. Elles gardent encore un peu de ce rouge de tes joues, quand tu me souriais. Dans tes chaussures il reste la trace de ton talon, quand tu regardais partir le bateau pour Ouessant. Un peu de vide au milieu, pour la voûte de ton pied, qui abritait toutes nos étoiles. Et ce pli sur l’avant, quand tu marchais vers moi, vers ce porche rue de Siam, quand tu te grandissais pour te serrer contre moi, ruisselante, ravie, épanouie. Souviens-toi, Barbara. Il pleuvait sur Brest ce jour-là…

4
Elle allait à la plage comme d’autres vont au cimetière. Solennellement vêtue de noir, elle se rendait tous les ans à la chapelle avec son escabeau. Elle gravissait cinq marches pour atteindre la maquette de la Marie-Annick, époussetait le petit bateau, enlevait les toiles d’araignées et déposait quelques brins de laine bleue, celle du dernier bonnet tricoté à son Fanch. Il venait d’avoir vingt ans quand il a disparu.
Maintenant qu’elle n’est plus là, c’est lui, François qui va veiller sur l’ex-voto suspendu dans la petite chapelle de granit posée là, au ras des flots, dans la Baie des Trépassés.

5
C’est un moment très court, bref, et éphémère, ce moment où on ouvre les yeux. Battement de cil, la lumière est là, mais l’œil, lui n’est pas encore complètement réveillé. On est en transition, entre le sommeil et l’éveil. Les informations arrivent, mais on a du mal à les classer entre fiction et réalité. Les images se mélangent, se superposent, se trompent de tiroir. Ciel ? Mer ? Nuages ? Désert ? Où est le haut ? Où est le bas ? Où suis-je ? Qui suis-je ? Qu’est-ce qui est important et que vais-je faire de cette journée ?

6
Les anciens racontent qu’avant, les gens ne portaient pas tous le même vêtement. Il y avait des formes différentes, des couleurs différentes, et même des matières différentes. Ça dépendait de l’endroit où on vivait, parce que les gens sortaient, il n’y avait pas encore le climat universel. Et tous ces habits portaient des noms différents, sari, jupe, djellaba, pantalon, chemisier, cape, kilt, parka, débardeur, tunique … Certains étaient déjà faits en matières synthétisées, mais d’autres étaient tissés de fibres naturelles, de plantes ou d’animaux disparus comme le coton, la laine et le lin. Ça devait être magnifique, cette diversité !

7
Pulvérisateur, brosse, crème pour le visage, sèche-cheveux pour la mise en pli, fil et aiguille pour un point de couture sur le sari. J’emmènerai tout. En sortant, je donnerai un dernier coup d’œil aux posters, pour conjurer le sort. Ensuite je rentrerai en scène, comme tous les soirs. Danseuse traditionnelle, je suis la dernière d’une longue chaine. Quand je danse, toutes mes devancières sont avec moi, elles dansent avec moi m’aident à contrôler mon cou et mes poignets, mon regard… Quand ma fille dansera, je danserai avec elle. Demain, elle sera ici à ma place, aujourd’hui, c’est mon dernier soir.

8
J’avais apporté des lilas. Pour ma Madeleine à moi. Bien sûr, elle ne s’appelle pas Madeleine, ma Bithi, mais ce soir plus que les autres soirs, ces mots sont intimement plaqués à notre histoire. Jacques Brel n’est pas très connu ici, mais j’ai entendu cette chanson dans un film Bollywood. Les deux amoureux héroïques visitaient Paris, tour Eiffel en carton doré, fleuve Ulhas pour la Seine, mais la chanson était vraie. Trop vraie. Ce soir, Bithi est restée avec sa famille et ses frères, qui valent bien les Joël, Gaston et Gaspard de Madeleine. Ce soir, j’ai jeté mes lilas…

9
Demain dès l’aube, je partirai, je suivrai mon ombre dans le soleil levant. Je passerai le portail en fer forgé, sans le refermer. Je prendrai le savoir et je reviendrai. Il faut multiplier le savoir, pas le partager. Si tu as le savoir et que tu me le donnes, nous sommes deux à l’avoir. Et personne n’a rien perdu, nous avons tous les deux gagné.
Je veux ma part de votre savoir. Et je l’aurai. Pour à mon tour, le distribuer. Alors le portail en fer des maisons de chez moi sera comme un soleil levant qui distribue ses rayons.

10
Tu sais maman, je l’ai vu, moi, le voleur. Le rouge, le orange, le jaune, le vert, le bleu et même le violet, il les a toutes mises dans un grand sac. Ensuite, il s’est envolé dans le ciel, mais le sac était mal fermé. Pourtant, il devait le savoir, lui, qu’il risquait de les perdre, parce qu’il y avait un grand panier en dessous du sac, pour les rattraper si elles tombent. Dis maman, tu crois que le monsieur a volé les couleurs pour repeindre le ciel en orange et en rose quand le soleil va se coucher ?

Juliette Derimay …

pascal chambon

Merci Juliette,
Sûrement n’ai-je pas identifié tous les clins d’oeil mais peu importe. Le plaisir, c’est déjà chouette. Et puis j’aime beaucoup la dernière histoire, cette vision de l’enfance avant qu’elle devienne formatée et cartésienne dès que vient le CP. Enfin cette histoire me fait aussi penser au film « Le voyage en ballon » réalisé par Albert Lamorisse (Crin blanc, Le ballon rouge) et dont mon père fut chef opérateur…

Juliette Derimay

Bonjour Pascal et merci pour votre retour ! Merci également pour la référence des films. Les titres me disent quelques choses, mais ma mémoire a les cheveux devant les yeux et il lui faut un sérieux rafraîchissement…. je vais tacher de trouver ça, avec une pensée pour le chef opérateur 😉

Antoine QUESSON

Merci pour ces regards, merci pour vos commentaires, merci pour l’occasion qui nous est donnée de lire et d’être lu et même relu. Ces maudits mots dits et écrits qui sont autant d’émotion et soutiennent le moral.

Dorage

Les couleurs de mon horizon
Mon aube, aujourd’hui, ne sera pas délicatement pastel, rosée, translucide, promesse d’une journée étale.
Non. Ce matin, je prends la main. Je veux une aurore flamboyante, qui zébrera le monde de ses traits vert pomme et jaune d’or, incarnat et zinzolin, perlée de topaze aux reflets dorés.
Vois ! L’horizon s’épanouit, d’un bleu profond aux nuances turquoise, d’un fuchsia gourmand. Il se lève d’un souffle, puissant et impalpable, tout gonflé d’impatience.
Quel inattendu cache la toile de mon horizon aujourd’hui ? Quel vent y tourbillonne ? Si je ne me laisse pas emporter, elle retombera, s’écrasera en vaguelettes plates, disparaîtra et restera l’habituel, le connu, le trop-vu.

Hissez les voiles ! Larguez les amarres !

Si Christo avait emballé la Terre, il aurait peut-être choisi de la soie légère comme un mirage, couleur d’eau pâle et de latérite brûlée. 

Et libérée de ses ciels d’orage, la Terre voguerait au milieu des planètes grises et des soleils brûlants.

(Photo 10)

pascal chambon

Belle énergie à travers les couleurs vives. Belle métaphore. D’autant plus intéressant que je n’aurais su quoi faire de cette photo. D’ailleurs, je ne l’avais pas choisie. Bel été coloré 🙂

Dorage

Merci Pascal. Le blanc a aussi de « bonnes vibrations »… Bel été sur les terrasses du monde.

Dorage

On ne se connaît pas, Céline. Ma soeur, Flo, qui est très « photo », m’a envoyé le lien sur vos photos et l’offre d’écriture. Je suis plutôt « mots » et les photos, je les regarde plus que je n’en fais. Merci beaucoup pour les vôtres, chacune est un regard et un monde qui s’ouvre par votre regard. Accompagnées ici par les belles inspirations des participants. Plaisir de voir, plaisir de lire ! Merci.
Do

Juliette Derimay

Oh oh, belles perpectives pour un début de journée, sans oublier la palette de couleur des plus appétissantes ! Avec un tel enthousiasme, Christo vous laisserait sûrement un bout de toile pour nous peindre cet arc en ciel….Bon vent donc, maintenant que les amarres sont larguées et que vous faites partie de notre équipage : en route vers la prochaine proposition de Céline !

Antoine QUESSON

Un arc en ciel, une palette, un envol des mots ou d’émaux… c’est gonflé… bravo.

Pierre RAPEY

En espérant l’indulgence de Céline et celle du poète Denis Lagarde, inspiré que j’étais par l’image # 5, mais confondu par son talent et d’ailleurs par celui de tous ces écrivains

L’air de glace et l’eau de marbre

La glace et l’air aux tendres couleurs m’inspira
Mais le poète me cloua quand il en parla
Ses riches rimes m’entrainèrent vers les abîmes
Au point de vouloir être écrivain anonyme

Prend garde Lagarde pourrai-je lancer et dire
La poésie des mots est celle qui me chavire
Mon âme est aussi faite d’images et d’émotions
Et quand les mots me manquent dans l’énonciation
Je me retourne vers ma fidèle caméra
Ma bonne amie à qui confier mon embarras

Quand elle se rend complice de mon inspiration
En un court déclic elle maîtrise la situation
A tel point parfois d’en devenir acerbe
Elle aussi me cloue et me coupe le verbe

Poètes partageons de bon coeur nos sensations
Et vers Céline courrons trouver la solution
Offrez de belles images aux plus belles plumes
Les mots dansent, les photos deviennent de l’écume

L’ horizon et la glace se mêlent et se confondent
Comme eux figé je cherche une phrase féconde
Qui me libérera de ce maudit poème
Et dire d’un mot de cette image que je l’aime

Antoine QUESSON

Voilà un photographe à peine objectif qui d’abord négatif sur ses capacités à écrire se révèle  positif et développe aisément son sujet. Bravo pour ces mots qui souvent soignent nos maux, il a fallu lever le voile , oser coucher ses ressentis sur cette feuille blanche . A chacun son expression, la couleur est partout sur la photo et dans la variation des mots, j’allais écrire: d’émaux . Chacune donne de l’émotion. Je me repose alors sur ma plume pour contempler tes tableaux, Céline. MERCI

Céline

Très bien dit Antoine, Merci Antoine de rebondir sur les écrits de nos amis. De grosses bises.

Céline

Très indulgente mais aussi très reconnaissante de ce texte que tu as « osé » écrire pour nous tout en rendant hommage à tous nos écrivains. Et bravo d’avoir su aussi bien rebondir sur le poème de Denis.
C’est très sympa aussi de mêler les textes les uns aux autres.
Au risque de me répéter, je reste admirative devant la diversité des écritures et des histoires que mes images racontent.
Un grand merci Pierre. A très bientôt,
Céline

Juliette

Aucune indulgence à demander, Pierre, ici, nous ne confondons pas, nous partageons ! Un grand merci pour ces mots, finement choisis et qui dévoilent des intentions à suivre, et qui suivront j’espère, en images comme en mots !

pascal chambon

Les fantômes de l’Hôtel Excelsior (d’après la photo 6)

Depuis 7h du matin, elle ne fait que dégarnir des lits ensommeillés, aspirer la moquette et récurer les salles de bain des chambres de l’Hôtel Excelsior. Avant de refermer la porte, par conscience professionnelle, elle jette un dernier coup d’œil comme on lui a appris. Enfin, elle n’oublie pas le dernier coup de polish sur les poignées de cuivre. Quinze minutes par chambre, pas une de plus.
Muscles fourbus, dos courbaturé, elle retrouve avec soulagement la pendule de la réserve qui affiche 14h. Fin de mission, jusqu’au lendemain matin. Mais pour l’instant, elle glisse comme ses collègues dans la spirale étroite de l’escalier de service, longue file d’uniformes qui rappelle l’école quittée il n’y a pas si longtemps.
Dans le vestiaire sans fenêtre, les femmes de chambre s’extraient, sans gêne ni fausse pudeur, d’un uniforme qui les moulait trop fort. A la dérobée, elle décrypte les corps, fermes ou gras, trapus ou élancés. Elle note les vergetures, la cellulite, les cicatrices, signes du temps qui passe. Avant de se vêtir, les femmes se massent les pieds, s’étirent. Elle, jeunette à la peau grains de beauté, se change aussi ou plutôt fait semblant. Juste enfile une tunique. Surtout, elle gagne du temps, se fait oublier au coeur des papotages féminins mâtinés d’éclats de rire. Après le labeur à mi-voix du matin, comme ils font du bien ces sourires entre femmes. Bien sûr, collègues chaud-lapins et maris peu câlins en prennent pour leur grade. Quand l’une d’elles dévoile un secret plus intime, aussitôt les voix se font chuchotements. Elle tend l’oreille.
— Toi n’écoute pas, c’est pas de ton âge, lance sa voisine en la poussant du coude.
— Au contraire, n’en rate pas une miette, ça pourrait bien te servir. » suggère une autre avec espièglerie.
Elle ne sait quoi dire, hésite à réagir, ce qui amorce une nouvelle salve de rires taquins. Brise rafraîchissante, joie des hirondelles au printemps. Vêtues de noir et blanc à l’entrée du vestiaire, les voici perruches arc en ciel, mésanges primesautières.
Après une dernière touche de rouge à lèvres, une mèche qu’elles ajustent face au miroir fendu, elles peuvent ouvrir la porte et prendre leur envol dans la ville tumultueuse.

Coeur apaisé, respiration lente, elle se tient là, ailes repliées sur sa chaise de plastique. On ne l’a pas abandonnée, c’est elle qui a choisi. Dans la solitude du vestiaire, elle écoute le ronron de l’établissement, entre le service achevé du matin et celui du soir encore lointain. Sieste d’hôtel en quelque sorte. Malgré la fatigue, elle ne ressent ni creux à l’estomac ni besoin de sommeil.
Elle se lève, abandonne le vestiaire, sans pour autant se diriger vers la sortie réservée au personnel. Parce qu’elle ne porte plus l’uniforme, elle s’accorde la traversée du hall aux colonnes de marbre puis le grand escalier au tapis moelleux. Si on la croise, on la prendra pour une jeune cliente. Marche après marche, elle grimpe, discrète, invisible ou plutôt transparente, jusqu’au dernier niveau. Au bout du couloir, elle franchit une frontière « réservée au service. » Cette fois, elle touche au but.
Le soir venu, l’enseigne au néon de l’HOTEL EXCELSIOR éclaire la grande place depuis le toit terrasse. Mais à cet instant, quand elle pousse la lourde porte de métal, elle s’éblouit de soleil. Un instant, ses pupilles se rétractent, avant de révéler un monde immaculé de blanc. Nappes, draps, chemises et tabliers, tous pendus à leur fil, ondulent et s’évaporent sous la caresse du vent.
Un jour, doigt tourné vers le ciel, la blanchisseuse en chef l’avait envoyé « tendre le linge au séchoir ». Se coltiner le linge humide jusqu’au septième étage était un bizutage mais elle avait été saisie par la magie de cette terrasse qui dominait la ville. En secret, elle y était revenue plusieurs fois jusqu’au jour où elle avait ressenti une sensation nouvelle. Dans la touffeur, son corps avait soif, une soif étrange et pénétrante.
Le séchoir est devenu son refuge, indispensable, presque vital. Elle s’y faufile, s’évade dans le blanc labyrinthe et du dos de la main caresse les fantômes. A l’heure où le linge encore humide, dégage presque un parfum de cèdre, elle absorbe la fraîcheur, hume avec délice. Puis d’un doigt, effleure le fil qui court à hauteur de visage, l’attrape entre les lèvres, le tend puis le libère sur la langue. Elle ne saurait dire si la sensation est plaisante. Mais découvrir est déjà un plaisir.
A pleines mains, elle plonge son visage, enroule son corps dans un fantôme qui flotte. — Quel homme la nuit dernière a rêvé sous ce drap ? » s’interroge-t-elle. Serait-ce celui de la chambre 54 ? Ou peut-être cette silhouette élégante qui en peignoir, fumait sur son balcon ? Il y a là tant de draps et tant d’hommes. Alors, elle imagine les mains, les peaux, les nuques sur l’oreiller. Son corps s’échauffe, libère une émotion au creux des omoplates. Elle guettait cette perle, l’accueille avec sourire, la laisse se prélasser. Elle prend bien garde de ne pas trop fléchir le buste pour que la tunique n’absorbe cette goutte minuscule et précieuse. De même, elle ne se cambre pas par crainte qu’elle se détache du dos puis se noie dans le buvard du sol. L’idéale posture est tout un art qu’elle maîtrise désormais. La Désirade s’égare jusqu’à la chute des reins avant de se perdre entre les deux collines. Déjà une autre perle a surgi et s’élance dans le sillon des seins. Où a-t-elle pris sa source ? Mystère. Combien de perles depuis le premier jour ? Elle refuse de compter, n’enfile aucun collier. Mais plus que tout, elle s’émeut de leur trajectoire intime. N’est-ce pas cela qu’elle vient quérir en secret sur le séchoir de l’Hôtel Excelsior.
Ce matin, alors qu’elle poussait son chariot de serviettes éponge, une roue s’est bloquée. Un client l’a aidée. Bien sûr elle a baissé les yeux, tel que le stipule le règlement intérieur. Tout juste a-t-elle entraperçu ses mains mais le souvenir de cet entraperçu suffit à titiller ses sens.
Le téton du sein droit durcit sous la tunique. Du coup, quoi de plus normal, elle vérifie le gauche. Douce douleur qu’il faut bien soulager, alors elle presse les deux seins à pleines mains. Soupir, tumulte affolant qui bouscule ses pensées et son corps en éveil. Elle voudrait s’apaiser, il le faudrait n’est-ce pas ? Mais déjà ses mains reprennent vie sur la peau cristalline de l’intérieur des cuisses. Doigts libres et paupières closes, au diable les interdits…
Rafale de vent, un linge se colle au corps. Drap sec et bien pensant qui s’offusque et sûrement veut punir. Vite, elle repousse l’intrus, se dégage du censeur — Où en étais-je déjà ? » Le corps retrouve la sensation et l’index son chemin. Grotte humide, délicieusement humide. — A ce point, est-ce normal ? » Elle goûte et se surprend de cette note poivrée au bout de la langue. Maintenant, elle libère sa main droite, lui témoigne sa confiance. La gauche entre deux cintres, s’accroche au fil. Tunique relevée, elle se cambre et dansent, dansent, dansent les fantômes de la Désirade.
Alors qu’elle est en plein tourment, quelles sont ces mains qui, tels des oiseaux, viennent se nicher sur ses hanches ? Son cœur s’affole de cet inattendu, de ce corps robuste qu’elle ne peut voir mais dont elle sent la pression sur les reins. Depuis quand est-il là ? Qu’a-t-il vu de la cérémonie ? Elle s’en moque, profite de chaque instant. Telle une glycine, les bras enroulent sa taille, se croisent sur le buste. En coupelles, les fleurs épousent les seins. Elle ne se tourne pas. Fantôme ou Prince charmant ? Pas de voix, pas de mots, juste la bouche qui picore, nuque, oreille, pommette. Les perles refont surface. Cette fois, elle en sait l’origine et sous l’invite des doigts légers, pivote jusqu’à ce face à face, front contre front. Regard baissé, toujours ce règlement. Avec douceur, les mains relèvent son visage aux yeux clos. Maintenant leurs lèvres, leurs langues initient le dialogue, elle accueille le baiser. D’abord avec timidité, première fois sur le fil. Enfin elle s’abandonne à la vague inconnue qui la submerge, la chamboule et la porte.
Ils sont si beaux les fantômes de l’Hôtel Excelsior.

Pascal Chambon. Les fantômes de l’Hôtel Excelsior. 2020-06

pascal chambon

Ma chère Céline,
Pour repousser la grande dépression des gnomes, l’apocalypse japonaise, la chute de cheval sibérienne ou les meurtres glaçants sur le lac Baïkal, il faut parfois s’accorder de « petite mort  » en solitaire… ou pas 🙂

Pierre RAPEY

Un magnifique inspiration et une écriture non moins talentueuse. Merci

pascal chambon

Merci beaucoup Pierre. Votre texte est bien sympa. Plus on est nombreux à échanger, plus c’est sympa.

Juliette

Merci Pascal de nous dévoiler ici une partie de la vie des fantômes, généralement passée sous silence… Mais oui, après tout, les fantômes sont des hommes (et des femmes) comme les autres ! Ou presque … 😉

Alex

Seule l’ombre n’a pas le choix

Pourriez-vous vous mettre dans la peau de quelqu’un qui ne sait pas choisir ?
Tout est mis à l’épreuve dès que l’esprit s’éveille.
Comme chaque matin, j’espère que cette nouvelle journée sera plus douce avec moi. J’y ai cru un instant, lorsque je reçois le message surprise de Céline. À travers ce titre évocateur, j’y vois une lueur d’espoir et je m’empresse de découvrir son choix d’image pour ce dixième atelier d’écriture. Déception ! Ce n’est pas une, mais dix photographies qu’elle nous propose. Cela laissera, soi-disant, plus de place à notre imaginaire. Elle pensait aussi, naïvement, qu’en imposant la photo numéro 3, elle délivrerait les indécis. Mais pas les indécis comme moi ! Non, je n’aurai pas recours à ce subterfuge, car j’y vois un élégant moyen de dire aux indécis qu’ils existent.

Je replonge dans un mauvais rêve. Moi qui venais tout juste de me surpasser en décidant de me mêler à ce groupe dont j’admire la créativité. Son choix de l’image unique m’avait déterminé à ne plus rester dans l’ombre et à me mettre à nu devant vous, chers écrivains. Ce lieu d’écriture devait me servir de divan.

Je poursuis la lecture. Chaque participant recevra une petite photographie, au choix, de la galerie Mongolie. Je jubile trop vite devant le mot galerie employé au singulier. Quel leurre. Je découvre neuf galeries, dont chacune recèle des dizaines de photos. Je suis ivre de couleurs, ivre d’ambiances, ivre de liberté, cette liberté de la steppe qui fait rêver, cette liberté du choix qui m’emprisonne.

Le plus difficile pour une personne comme moi qui ne sait pas choisir, c’est la sentence. Une fois prononcée elle me ronge les viscères, car une personne comme moi ne fera jamais le bon choix. N’y aurait-il pourtant pas eu autre chose à dire sur ces dix photographies que de venir vous parler de faiblesse ? J’aurais par exemple pu tenter d’évoquer les questionnements d’une âme naissante dans le ventre maternel aux couleurs de l’arc-en-ciel. J’aurais pu rêver d’une rencontre fortuite dans un hôtel vieillot d’une jeune voyageuse et d’un peintre grisonnant. J’aurais pu partir à la chasse aux fantômes qui habitent nos vêtements et nos placards.

Antoine n’a pas encore mis la clé sous la porte, il a choisi la maitrise d’un registre humoristique et léger. Pascal a choisi de mettre à l’honneur une petite fille, mais donne finalement beaucoup d’importance aux hommes. Catherine a choisi de nous transporter dans un monde de flottement. Denis, lui, a choisi le romantisme d’un poème qui fait rêver. Et Juliette, que va choisir Juliette ?

La seule qui n’a aucun choix à faire dans ma vie c’est mon ombre. Oh comme je l’envie. Elle est silencieuse, patiente, docile et je la chéris et la célèbre chaque jour, car j’aime le pouvoir qu’elle me donne.
Placardée contre ce mur vert pomme je ressemble à une version grasse et aplatie de la sculpture de Giacometti. Je vous parle de sa version « Homme qui marche », bien sûr, car sa version féminine n’a rien d’une personne qui avance. On dirait même une personne indéterminée, pauvre femme.
J’admire les sculpteurs, leurs gestes incisifs, leur pouvoir de décision de couper ici, de gratter là, de pénétrer plus profondément dans la matière, sans retour possible.

Le choix le plus difficile auquel je dois faire face au quotidien, c’est de vivre, ou de mourir.
Mon ombre, elle, sera soumise jusqu’à ce dernier choix que je ferai, ou pas.

Alex
(image au choix … et une préférence pour la 9 :)).

pascal chambon

Bien joué Alex. Quelle autodérision. Comment appelle-t-on ce genre ? Ah oui, l’autofiction.
Et puis un homme qui aime Giacometti… Longtemps les larmes quand je croisais l’homme qui marche. Je te rassure, ça va mieux désormais. Peut-être ai-je moins de larmes ?
Allez, je poste un second texte…
Amitiés littéraires.

Alex

Merci Pascal ;). Ce que j’aime dans l’autofiction, c’est que l’on ne sait jamais trop où se situe la ligne en la fiction et la réalité.
Heureuse de t’avoir reconnecté avec Giacometti, sans larmes …
Merci pour ton second texte, je suis touchée de voir à quel point tu arrives si bien à décrire les plaisirs de cette jeune femme.
À bientôt.

Alex

Merci Céline, j’espère que vous ne m’en voulez pas trop :). Et merci pour cette belle surprise, finalement, c’est pas si mal!
À très bientôt
Alex

Juliette

Bien vu Alex, choisir de ne pas choisir, voire les choisir toutes, C’est de la pirouette de haut vol, félicitations ! Quant à moi, j’étais partie également pour les choisir toutes 😉 Grillée, coiffée au poteau, démasquée dans ma paresse et ma procrastination. Ok, si c’est comme ça, je vais choisir, défi relevé ! Un grand merci Alex pour cette touche d’épices supplémentaires dans un plat déjà si savoureux… En attendant je me retrouve devant le choix…. Que Corneille soit avec moi ! 😉

Alex

Ahhhh, ravie que cela te plaise Juliette. Visiblement tu n’as pas encore réussi à choisir 🤣 … désolée, c’est mon côté taquin. A très vite.

Antoine QUESSON

Bravo, un texte qui pourrait faire de l’ombre à tous les autres.

LAGARDE

La brume s’étire à son réveil
sans autre amertume
qu’un manque de sommeil
dont sa colère en a laissé l’écume

Écoute ce bruit
des cales de mon coeur
qui rythme les pleurs
des vagues de l’ennui.

Je m’enfonçais dans la poussière de sable
je renonçais aux pavés de bois
pour mon dos les étables
pour mes yeux les émois.

Au feu de l’année, les veines de ma terre
étaient à leurs étiages
j’ai décidé de rencontrer la mer
pour négocier un partage.

Dans la poussière de sable
l’étreinte de mes pas
les envies désirables
de presser le pas
les ruisseaux de la vie
sont gorgés à nouveau.

Juliette

Derrière ce beau poème se cache une question… Images floutées de brume, sensations, impressions, sable, vagues, ruisseaux… Je me lance, vous avez choisi la 5 ?

Céline

Quel plaisir de te lire Denis. Je sais à quel point tu aimes les mots et découvrir ta complicité ici me réjouis. Tu as osé le poème et je suis ravie de ce choix qui colle parfaitement à l’image abstraite choisie. On se laisse bercer par les lignes et en regardant à nouveau la photo, on voyage différemment. MERCI beaucoup, c’est très beau. Je t’embrasse.

Lagarde

Bonsoir. Je me suis laissé aller à la contemplation de cette belle photo pour y trouver les mots les plus justes. Je n’y voyais que de la poésie car elle nous cadre tout en laissant le rythme nous prendre par surprise. Merci.

Antoine QUESSON

Vue sur mer.

Je n’y comprends rien, personne, j’avais bien rendez-vous. L’annonce précisait :« jolie demeure, calme, vue sur mer, accès pentu, pas de vis-à-vis… Conviendrait à un amateur de pêche, solitaire.« J’appelle, je frappe, personne et cet oiseau qui survole les lieux ; une sterne, elle me consterne. Vais-je devoir m’en retourner ?
J’aurais aimé découvrir la région, observer ces pêcheurs qui s’activent au port. Ce sont eux qui fournissent les étales avec ces plies, poissons que l’on aime repasser à table, ces coques, coquillages que l’on accompagne souvent d’un œuf, ces raies qui, en tête ou en arrière sont toujours entre deux ou encore la sole qui a la clé à sa portée. J’aurais aimé me promener sur la grève pour manifester mon bonheur, visiter Brest , une ville du tonnerre, me rendre à Paimboeuf ville qui accueille de nombreux peintres naturalistes car, pour les portraits, il est préférable de séjourner à Paimpol…
Ah ! J’ai été mené en bateau , je ne vais pas pouvoir m’installer dans ce lieu à mille lieux de la foule. J’insiste, je retente ma chance, personne si ce n’est cet oiseau qui plane dans le ciel et ce personnage qui reste de marbre ou de granit devant mon insistance . Je me risque alors à jeter un œil par cette ouverture près de la porte. Surprise pour moi, seule une bougie éclaire les lieux sombres et poussiéreux… Me serais-je trompé ?
Après réflexion, je m’aperçois que cette demeure était la Chapelle des naufragés. Ma réservation alors ? J’implore St Antoine de Padoue, patron des prisonniers et des naufragés pour qu’il m’aide avec St Honoré, à trouver , pour mon retour, un Paris Brest moi qui suis dans le pétrin. C’est la voie à prendre pour m’en sortir. Je reviens donc sur mes pas et croise un marin, une rame à la main et qui m’interpelle :« C’est vous l’homme de la ville ? Je vous attendais. Là-bas, c’est La Chapelle et votre maison, je vous y emmène. On embarque, vous allez ramer, c’est pas gai, mais votre maison se trouve sur cette île au large, regardez.«
En effet, j’aperçois une demeure sise au milieu d’une vaste étendue plantée de pins, seule bâtisse sur cette île. J’y serai bien face à moi-même et face à l’océan . Je voyagerai ainsi sans vague à l’âme mais sûr de trouver la sérénité, le calme, loin de ces mouvements colorés de ce monde blanc, noir, jaune qui gagnerait au partage des différences.
Je m’installe donc après avoir remercié mon guide qui m’avait conduit à bon port. Salut.

Antoine (photo 4)

Antoine QUESSON

Merci Céline de nous donner l’occasion de nous exprimer par écrit et d’être lu, récompense de l’ecrivain. Mais j’apprecie surtout la qualité de tes photos qui nous font découvrir des personnages,des lieux, un monde… tu nous fais voyager. C’est le sens du partage. L’image, l’ecrit , bientôt le son… bon retour.

Juliette

Encore un beau texte qu’on lit (au moins) deux fois, comme une BD : une fois pour l’histoire, une fois pour les images ! Merci Antoine !

pascal chambon

La petite fille aux sandales de cendre (d’après le photo 3)

Longtemps, elle était restée seule. Dans l’indicible attente de la course qui fêtait la cime de l’été. Longtemps, elle avait espéré les cavaliers partis des quatre coins de la steppe, au delà de l’horizon, par delà les jours et les nuits. Avec pour seule boussole, la caresse du vent ou la danse des étoiles. Déjà leurs aïeux et les aïeux de leurs aïeux convergeaient en ce lieu, certes anonyme sur la carte du monde, mais dont tous connaissaient l’adresse inscrite dans le sang de leur peuple. Même les sabots des chevaux en conservaient la trace.

Les épouses, les filles, les mères ne participaient pas à la Grande cavalcade. Les chevaux étaient affaire d’hommes. Les pères comme éleveurs, les fils en cavaliers, tous héros invincibles. Mais les femmes partageaient leur passion des chevaux.
La petite fille observait père et frère préparer la monture. Démêler les crinières, panser les flancs. Gestes transmis de génération en génération. A l’ombre de chaque yourte, aussi loin que le regard portait, tous faisaient de même. Quand les fronts des humains se posaient sur le chanfrein des bêtes, aussitôt celles-ci s’apaisaient. Qui parlait à qui ? Qui rassurait qui ? En ces moments, le dialogue se muait en prière et la steppe en murmure.

L’heure venue, d’un bond léger sans besoin d’étrier, le frère avait enfourché l’alezan, petit au garrot mais le sang chaud, piaffant de s’élancer. Il fallait tenir l’animal, ferme entre les cuisses et les rênes courtes, sans abimer la bouche. La petite fille n’avait pas souri, juste son cœur avait battu plus fort.

Quand résonna la trompe, les cavaliers s’avancèrent. Longue litanie de têtes, de croupes enchevêtrées. Hommes et bêtes en lacet multicolore, si long qu’on pourrait croire une natte faire le tour de la Terre.
Terre muette, en attente du départ. Même les corbeaux se taisent.
Enfin jaillit un cri, le cri de l’assistance ou plutôt la clameur, des mères, des sœurs et des pères entraîneurs. Sous le flot des sabots, la steppe devient tonnerre, orage de poussière.
Bien malin pourrait dire qui mène alors la course, ils sont une armée. Une armée déchaînée sans général ni lieutenants. Seulement des hussards à la charge.

Les heures passent, steppe assoupie en repos des guerriers évanouis au delà des collines. La petite fille imagine le vent qui rafraîchit les montures, envie le soleil qui éclaire la piste. Mais surtout jalouse l’aigle qui plane là haut, sait tout de cette course et sans doute assure le commentaire pour tous les aigles de Mongolie. Elle peste d’être petite fille prisonnière du sol, aimantée à sa yourte.

Le soleil décline annonçant le retour. Au loin un grondement. Rien à apercevoir mais déjà, sous les pieds une vibration qui devient tremblement et envahit les corps. Enfin à l’horizon, des silhouettes floues ondulent tel un mirage. Il reste encore du temps, la steppe est si vaste. Pourtant déjà, muscles tendus, pères et épouses se dressent. Les bébés quittent le sein et les vieux presque aveugles exigent qu’on leur décrive la scène. Les gorges se déploient. Ce ne sont pas encore des mots, juste des grognements de corps qui n’en peuvent plus d’attendre.
Maintenant la cavalerie s’approche, nuages de poussière, ouragan de muscles. Le père est plein d’espoir, croit même en la victoire. N’avait-il pas inscrit le meilleur cheval ? Mais tous n’avaient-ils pas le meilleur cheval ? Peu importe s’il n’a pas le meilleur cheval, son fils, c’est sûr, est le meilleur cavalier. Mais tous les fils ne sont-ils pas …
Le vainqueur franchit la ligne, d’autres suivent, épuisés mais heureux comme jamais. Honneurs d’abord aux chevaux. Caresses, embrassades, couronnes. Chevaux volants, âmes d’un peuple.
Maintenant la mère questionne : — Mais où est le fils ?
Le père ne répond rien. Il scrute.
Brusquement d’un nuage, un alezan a surgi. Mais sur son dos, là où devrait se tenir un buste fier, c’est le vide qui galope. La petite fille regarde le père, statue de sel, poumons bloqués. Et puis soudain qui hurle, court, se saisit du cheval en sueur et naseaux écumants, l’enfourche, martyrise ses flancs et repart cravachant. Course éperdue à contre courant du torrent de cavaliers qui dévalent par centaines. Geste de folie.

La vie prime la mort des héros. Oublié le temps des invincibles. Sans ses hommes, la mère prend soin des yaks, nettoie la yourte, cuisine pour les aïeux. Le vent a essuyé ses larmes. Cœur asséché comme un ciel sans pluie à offrir à la terre.

Un jour de transhumance, un yak a trébuché. On trouve des os blanchis. Mais seulement de cheval. L’aigle pourrait narrer les mouches léchant les yeux avant qu’ils soient vitreux, l’appétit des fourmis et vautours, engloutissant les chairs de ce festin équestre. Mais les os du père, du fils ? Rien, pas même une phalange.

Pendant deux lunes, le brasier ne cesse de flamber. Les femmes l’alimentent et le veillent afin que les escarbilles dans la nuit rejoignent l’esprit des cavaliers perdus. La petite fille n’est pas en reste à la corvée de bois. Enfin le chamane décrète que l’âme des hommes vient de rallier les dieux.

Sans boire, sans manger, la petite fille attend. Sans dormir, trois jours et trois nuits elle attend que les braises perdent leur couleur de sang, pour que naisse la légende.

La petite fille se déchausse. Désormais, seul subsiste un pauvre amas de cendres qui reçoit ses sandales en offrande. Deux barques bord à bord, qui au premier coup de vent vont se griser de cendre. Enfin devenir pierres.
La petite fille reste là, longtemps.
Puis, elle regarde le ciel, la voie lactée, les étoiles à cueillir. Si proches, juste tendre la main.

Au matin, il manque un cheval à l’appel.
Evanouie la petite fille aux sandales de cendres.

A la veillée, on raconte que chaque été, à l’approche de la Grande cavalcade, à l’heure où le soleil se noie et que s’élève la lune, une cavalière aux pieds nus et à la chevelure d’or, survole la steppe dans un galop de joie. Tous hochent la tête, silence. Enfin un vieux murmure qu’il pleut parfois des larmes qui fertilisent la Terre.

Pascal Chambon, La Petite fille aux sandales de cendre, Juin 2020.

Juliette

Quel hommage à la steppe ! vous avez empli ces chaussures de tout un monde, de vie, de passion, d’espérance et d’absence, un conte à dire à la veillée, autour du feu de camp, sous les étoiles…

pascal chambon

Merci beaucoup Juliette. Heureux de vous avoir fait voyager et quelque peu rêver… grâce aux sandales de cendres de Céline 🙂

pascal chambon

Que de compliments, merci mille fois Céline. L’imagination a souvent la puissance d’un billet d’avion. Mais oui je suis persuadé que les plaines de Mongolie me bouleverseraient. J’ai appris à connaître les types de paysages qui me chamboulent le plus 🙂

Celine

Je réponds sur ton texte plutôt que celui de Catherine!
N’arrête surtout pas le yoga … de l’esprit, cela rajoute de la légèreté, j’aime beaucoup.

pascal chambon

Eh eh, merci Céline. Je vais te prendre comme agent littéraire. Mais qui choisir pour me tirer le portrait en quatrième de couverture avec comme il se doit, la main sous le menton et un doigt sur la joue !? 🙂

Catherine Pontailler

texte rédigé le 10 juin au matin, sur la base du ressenti sur la photo No5, après seulement 4 heures de sommeil (dû à mon engagement pour ma ville et le redémarrage du 2ème tour des élections municipales). Le fait de voir ce post, de contempler les images, m’a redonné une sérénité, sans ressentir la fatigue.

l’équilibre harmonieux
Sérénité de la steppe évocatrice d’une mer aux légères ondulations sur laquelle le navigateur solitaire se sent si bien.
Aujourd’hui, au petit matin, l’océan immense dont il me faut poursuivre la traversée pour rejoindre ma destination, est mon ami.
Il est avec moi : suffisamment de vent pour gonfler les voiles bien bordées et garder le cap idéal à une allure de près bien confortable, le bateau est bien équilibré. Pas de départ au surf pour s’amuser un peu, les vagues ne sont que des ondulations.
Il va faire beau, mais pas trop chaud et le petit voile nuageux devrait estomper le mordant du plein soleil.
Promesse d’une belle journée en mer, mais …… pas un bateau à l’horizon ni âme qui vive.
Plaisir de la traversée en solitaire et bientôt, très bientôt, je vais rejoindre mon port d’attache, retrouver mes êtres chers. « J’aime être seule », une chanson de Josépha P en tête, je m’avoue que j’aime tout autant partager le plaisir de vivre ensemble avec les autres sur terre que de traverser en solitaire.
C’est un peu ça la vie : harmonieux mélange d’instants privés et de moments chaleureux partagés, quelques épreuves à traverser, choisies ou subies, mais avec toujours un point d’ancrage fondamental : aimer et respecter la vie, les autres, la nature, …..

NB: je ne sais pas si c’est par cette zone « commentaire » qu’il est possible de contribuer à « faites parler les images »
catherine Pontailler

Juliette

Votre texte est parfaitement à sa place dans ces commentaires et il nous berce au rythme de vos évocations. Merci pour cette balade tranquille et apaisante.

pascal chambon

Un aéroglisseur ? Moi qui croyais que tu lévitais… :-))))

Celine

On ne joue pas avec la lévitation Pascal! Elle ne sert qu’à éviter de se faire engloutir lorsque les failles s’ouvrent sous nos pieds 😂.

pascal chambon

L’humour est aussi précieux que le yoga. Il demande et apporte aussi beaucoup de souplesse mentale. D’autant plus que je le pratique depuis beaucoup plus longtemps :-)))))

Antoine QUESSON

Je suis parfaitement d’accord . Je définis l’humour comme beaucoup d’HU milité et beaucoup d’a MOUR , un jeu de l’esprit, une écoute différente, une attention…. une ébullition de l’esprit qui doit donner de la légèreté au partage et une certaine détente dans nos relations. Dans tous les cas rions, sans vouloir vous donner le bourdon.

Céline

J’ai beaucoup de chance de vous avoir tous les deux pour donner vie à cette rubrique du blog ;).

Dorothée

Bonjour Céline,
Wouahou quelle surprise !
Je suis très touchée, immense merci !
je reviens vite pour laisser ma participation à ce FPLI numero 10, et rattraper mon retard sur 7/8/9.

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