Faites parler les images # 1

Bonjour à tous,

j’ai le plaisir de vous annoncer la naissance d'une nouvelle rubrique sur mon blog avec à mes côtés Juliette Derimay.

« Faites parler les images », votre atelier d’écriture!

Le principe est simple, je publierai une photographie toutes les 3-4 semaines environ. Juliette introduira l’atelier d’écriture avec son propre texte et sera présente avec moi ensuite pour accueillir les vôtres, qui seront publiés en bas de l’article.

Quelques mots sur Juliette :

J’ai découvert la plume de Juliette il y a plusieurs mois maintenant et son univers de mots m'a tout de suite transporté dans des espaces imaginaires vivants et drôles aussi. L'idée de créer cet atelier est une manière de faire parler les images, mais surtout de montrer à quel point l'interprétation peut être différente pour la personne qui n'était pas sur le terrain avec moi lors de la prise de vue. Juliette anime depuis plusieurs années des ateliers d’écriture dans la région d’Albertville.

Qu’attendons-nous de vous :

Une succession de mots, une phrase, un ou plusieurs paragraphes, 2000 signes maximum (soit environ 400 mots), voici l’espace que je vous offre pour vous exprimer ici.

Ma photographie ne comprendra ni lieu ni date, afin de ne pas influencer votre histoire, votre ressenti vis-à-vis de la scène, des couleurs, ou de l’ambiance qu’elle dégage. Les deux textes ci-dessous de Juliette pourront peut-être vous inspirer, mais ce que nous voulons c’est une autre histoire, la vôtre !

Vous pouvez publier de manière tout à fait anonyme en laissant un pseudonyme par exemple. Sachez également que l’adresse email, requise pour envoyer le commentaire, ne sera ni publiée ni diffusée, selon le respect de la loi sur la protection des données (GDPR).

Gagnez mon livre « Les secrets de la photo de voyage"

À la fin du premier atelier, soit mi-janvier environ, nous rassemblerons les noms des personnes ayant participé. Un tirage au sort aura lieu et j’aurai le plaisir d'offrir à au gagnant (ou à la gagnante), mon livre dédicacé "Les secrets de la photo de voyage".

Pour introduire cette nouvelle section, je vous invite dorénavant à découvrir cette première image et deux propositions d’écriture de Juliette (quelle générosité :)), que je remercie chaleureusement au passage pour cette belle initiative commune.

Cette première édition est un peu spéciale, puisque j'en profite pour partager avec vous d'autres photographies de ce même soir ... à ...

À vos plumes mes amis !

Céline

Tokyo, vie intérieure ?

Pfloutch … les deux pieds dans la flaque ! L’eau qui rentre dans les chaussures, les chaussettes qui collent et les orteils qui pataugent. Les deux pieds pris dans le béton du froid. Zut ! Les chaussures en cuir. Ma mère les aurait fait sécher avec du journal à l’intérieur. Du papier journal… Un journal en papier…

Quand j’étais petit, j’adorais les flaques d’eau. Pour sauter dedans avec le plus d’élan possible, les deux bras levés bien haut. Ça éclaboussait les copains, on aspergeait toute la rue de nos rires. Mais aussi les flaques d’écran pour leur chatouiller la surface, voir l’image des maisons alentours se brouiller puis inlassablement se reconstruire une fois les vaguelettes fatiguées et échouées sur les bords. J’attendais avec impatience le passage d’une voiture, les phares crayonnaient de longues trainées blanches sur le goudron noir et brillant. Comme ce soir. Entre les reflets des immeubles et les couleurs des enseignes. Et aujourd’hui, je les regarde de nouveau pour la première fois depuis des années.

Depuis des années, je n’ai pas dessiné. Et là, le dessin redevient une nécessité. Une urgence. Sous la pluie, les deux pieds dans une flaque, juste au bord du flot des gens qui, comme moi il y a encore quelques secondes n’ont rien d’autre en tête que du matériel : métro, boulot, resto, métro, resto, dodo, boulot. Des rêves ? Pas des rêves d’avoir, ça ils en ont tous, comme moi il y a encore quelques secondes. Mais des rêves d’être. Des rêves d’art. Des rêves pour rien.

Dans ma sacoche noire, un rapport avec des marges blanches, un crayon, une place libre contre la vitre du restaurant d’en face. Pas de temps à perdre, pas d’atermoiement, pas de photo prise au smartphone avec la promesse vague de dessiner une fois rentré chez moi. Là, maintenant. Immeubles, voitures, reflets, parapluies, passants blancs en haut et noir en bas, bruits de pas, conversations, flaques d’eau. Et même ce pauvre arbre scellé dans le bitume. Tout doit finir sur le papier.

Ce soir j’ai besoin de me sentir vivant.

Et sur mon dessin, même si elle n’y est plus, j’ajouterai la dame un peu lente, habillée en jaune moutarde, qui bloquait le passage sur le trottoir et que je voulais doubler quand j’ai mis le pied dans cette flaque. Pour la remercier de ce moment d’humanité qu’elle m’a laissé m’accorder ce soir.

Juliette Derimay

Tokyo, KFC ?

Je m’appelle Harland Sanders et j’ai commencé dans le poulet frit en 1939. Tout a commencé dans le Kentucky, mais maintenant, je suis partout. Même comme ici, à Tokyo. Je vous regarde courir sous la pluie. Le goudron mouillé reflète les lumières, longues trainées des phares de voiture, taches colorées des enseignes comme la mienne, qui fait une marque rouge, une flaque de couleur de plus sur le gris de l’asphalte. Tableau impressionniste changeant qui évolue au grès des silhouettes des passants qui se déplacent sous des cloches de plastique transparentes. Champignons urbains en pantalons foncés et chemises claires. Bien peu s’arrêtent ce soir pour venir manger chez moi. Je vois surtout des jeunes, le midi, quand il s’agit de refaire rapidement le plein d’énergie avant de retourner, le plus vite possible, travailler.

Pantalon, chemise, parfois cravate, une mallette avec de temps en temps quelques papiers et toujours un ordinateur portable. Que ce soit chez moi, en Amérique ou ici, au Japon, ces jeunes se ressemblent tous. Moi, Harland Sanders de KFC, je m’affiche à Tokyo et les écrans Sony illuminent la cinquième avenue à New York. Chacun fait chez l’autre comme chez lui. Aujourd’hui, ça se passe comme ça. Quatre-vingts ans plus tôt, les grands-parents de ces jeunes gens modernes se sont entretués. Uniformes différents, discours différents, leurs chefs avaient décidé qu’ils se battraient. Ils en sont morts. Puis leurs chefs se sont réconciliés. Mais les soldats n’ont pas ressuscité. Maintenant KFC est à Tokyo, Sony est à New-York. Merci, les affaires vont bien.

Et le mot de la fin ? Il est à Georges Brassens qui verse parfois, comme ce soir, une petite pluie de regrets sur les vies trop courtes des soldats de la trop grande guerre, quand leurs enfants s’entendent si bien.

« Au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi, mieux vaut attendre un peu qu’on le change en ami. »

Juliette Derimay

51 commentaires sur “Faites parler les images # 1”

  1. Jour de pluie, jour de grisaille, malgré tout la joie rayonne et se ressent à travers cette représentation comme quoi la journée pluvieuse peut être aussi ensoleillée!

    • Bonjour Antoine,
      Victimes de notre succès nous avons du mal à suivre avec nos commentaires :), mais si je peux te rassurer je suis heureuse d’accueillir ton texte ici et ton style, très différent. Voilà toute la richesse de cette initiative.
      A très vite.
      Céline

  2. Tels des champignons humains, ils se farcissent le trottoir, se bousculent se dirigeant vers nulle part. Moi, je me restaure et suis surpris quand le serveur, à chaque table, interpelle les clients par leur prénom : Henri. Je ne comprends pas si ce n’est au moment où me servant du poisson et son accompagnement, il me demande poliment. « Je vous invite à vous servir en riz. »
    Dans la rue, c’est le tumulte, il pleut, les dames circulent sans fard, les voitures les illuminent de leur phare et chacun essai de résoudre les pépins dus à ces trombes d’eau. L’ambiance est moite, ma compagne, perdue et éperdue me demande soudain, : « où est le pont ? dit, chérie. » Je lui réponds, terminant mon esquimau , « il n’est pas là pont. ». C’est alors que nous croisons un ami, photographe qui expose et s’expose car je suppose que rien ne l’oppose ni ne l’indispose. Nous prenons alors la pose, le résultat final ne sera pas banal, nous aurons alors atteint notre objectif, participer à ce travail d’artiste.

    Antoine, alias quantinosse
    01/01/2019

    • Bonjour Antoine,
      Jeux de mots et humour, voilà une belle signature. On n’Henri de ce monde nippon! C’est un style que je reconnais bien chez toi et j’invite les visiteurs à musarder à travers ton blog (http://quantinosse.over-blog.com) pour sourire au quotidien. Un grand merci pour ta participation. Et tu as su faire honneur aux photographes en fin de texte. Chapeau bas et merci.
      Vivement la suite.

      • Merci, Céline pour ton commentaire dans lequel tu as su glisser l’adresse de mon blog. C’est une occasion pour les lecteurs de découvrir ces mots dits ou ces maudits mots qui soignent nos maux. Je terminerai par une note musicale: dans tous les cas…rions.! Malheureusement, en France l’on rit jaune et nous ne sommes pas serins…

  3. Entre ombre et lumière
    l’instant se fige
    l’eau devient miroir de mille vies
    chaque goutte naît cosmos
    de l’infiniment petit à l’infiniment grand
    Entre ombre et lumière
    le temps irradie son prisme
    l’homme devient sculpture
    gravant son oeuvre pour l’éternité
    Le silence en notes noires et blanches
    chuchote l’histoire d’un instant
    s’échappant sur l’aile du temps
    vers l’ombre et la lumière…

    • Belle initiative, je vais m’y pencher.
      Ça fait écho au feuilleton SPY que j’avais écrit, publié, posté, édité (aaahhh quel est le bon terme ? 🙂 tout le mois de juin dernier sur Instagram. Même démarche, imaginer une histoire à partir de photos au jour le jour. Si envie de découvrir, (mais rien n’est obligatoire 🙂 tout commence par la photo couleur d’un homme noir très élégant assis dans le métro parisien.
      A bientôt
      Pascal

      • Elle est la dernière.

        Elle n’en a pas la preuve mais elle en est sûre.

        — Je survivrai à l’apocalypse. Comme le ginkgo-biloba, arbre remarquable qui avait résisté à la bombe d’Hiroshima,

        En 2011, les gouvernants n’avaient pas tenu compte de l’avertissement quand la centrale de Fukushima avait cédé sous la vague géante. Sous l’émotion, ils avaient promis de « sortir du nucléaire » et puis étaient revenus sur leur décision. Ils avaient préféré construire une digue de béton pour arrêter la prochaine vague. Illusion d’un rempart contre l’océan !

        — Pourquoi moi, petit bout de femme ? se demande-t-elle en marchant sur le fil du trottoir. — Qui m’a choisie pour survivre ?

        Elle marche dans la ville encore illuminée. Ce n’est qu’une illusion, un mirage. Déjà les batteries urbaines ont commencé à s’endormir les unes après les autres. L’énergie va manquer pour alimenter l’essentiel, les hôpitaux, les communications, les ordinateurs. Nul ne sait plus piloter une ville sans informatique. Retour inexorable au moyen-âge.
        Peu lui importe l’absence de communications, elle est seule désormais.

        Après l’éclair aveuglant, elle a entamé, attaqué plutôt, sa marche vers l’Est. Pour voir le soleil se lever, pour une dernière prière.

        D’autres espèrent encore survivre. Cette femme aux mollets si blancs qui rase les murs. Tout comme ceux qui fuient au volant, imaginant leur habitacle à quatre roues en abri anti atomique. Ils ne roulent pas, ils foncent hébétés, sans destination.

        Elle avance pas à pas. Rien ne peut modifier son tempo.

        Jusqu’à l’horizon, les hommes ont été atteints, tous jusqu’au dernier. Sous leurs parapluies, ceux qui marchent et l’accompagnent, ne sont qu’une armée chancelante de fantômes translucides, éclairés par leur âme qui s’échappe vers les cieux. Elle ne les voit pas, juste perçoit leurs pas dans la pluie radioactive et entend leurs chuchotements éternels. Ils sont là pour la protéger, son escorte.

        Elle ne renoncera pas.
        D’autres se seraient assises. Mais dans son manteau jaune, couleur de courage et de force, elle avance, dernier samouraï contre l’apocalypse.

        • Pascal, un très grand merci pour ce beau texte.

          Surprise dès le début ! Votre personnage féminin m’interpelle, qui est cette femme, quasiment invisible dans l’image ? J’assimilais mon image davantage à une vie et une vision masculine avec tous ces business men, ou ces fantômes comme vous le dites, qui se précipitent sous la pluie.

          Cette histoire, cet appel au secours, me bouleverse. Cette femme fragile (« petit bout de femme ») fait preuve d’une force surnaturelle (« je survivrai à l’apocalypse »).

          L’ascenseur entre les passages fictionnels et la réalité nous fait entrer dans l’histoire et nous mettre à la place de cette femme.
          Bravo !

    • Christiane, chacune phrase pourrait se suffire à elle-même … Et pour reprendre une référence faite par Pascal, on pourrait en extraire quelques fragments pour en créer un Haiku. (« Un haïku (俳句, haiku), est un petit poème extrêmement bref visant à dire et célébrer l’évanescence des choses. »). Est-ce que l’exercice vous tente?
      Merci pour votre participation en tous cas et pour l’échange que nous avons eu à la galerie. Amitiés.

  4. Liberté.
    Les dos sont blancs et masculins,
    les parapluies en corolles, transparents ou noirs.
    La nuit et la pluie épongent le stress de la journée.
    Envahissantes, d’ étroites serviettes se portent chevillées à la main…
    Je t’attends, allongée, calme et songeuse. Trente-deux ans….Il aura été long ce temps avant que tu ne te décides.
    Ta traversée à toi sera-t-elle glissante, mouillée ? Lui feras-tu mal ? Malgré ta progression douloureuse et heurtée, sauras-tu la faire sourire?
    Je t’attends…C’est troublant, ces phares dans la nuit.
    Comment percevras-tu le jour?
    Je t’attends , le coeur battant.
    Tu es maintenant là.
    Je te souhaites la bienvenue, mon petit fils. Sois libre.
    Ne deviens pas comme eux courbés sous la pluie.
    Garde à portée de main ta ligne de survie .
    Jenny Azzaro

    • Le premier et le dernier mots sont très puissants: l’espoir dans la « Liberté » et le désespoir dans la « Survie »?
      J’aime beaucoup vos jeux de mots du début (éponges et serviettes / chevillées à la main etc.). Puis beaucoup d’émotions dans votre questionnement, on ressent fortement la présence de votre « petit fils », c’est un beau message, merci Jenny.

  5. Il y a des parapluies, de l’eau sur le sol. Mais pas une goutte ne tombe du ciel, non, pas une. Je ne comprends pas, je sais ce que je vois…. Il ne pleut pas, IL NE PLEUT PAS. Pourquoi me faites-vous ça ?

    Il y a eu des fleurs sur la table, des mots d’amour murmurés. Mais il a regardé sa montre, a soupiré. Il m’a donné un baiser, il avait le goût de pluie, de cette pluie qui n’est pas tombée… sa femme l’attendait, il devait rentrer. Pourtant, il ne l’aime pas, IL NE L’AIME PAS. Pourquoi me fait-il ça ?

    Il y a de l’eau sur mes joues, qui doucement ruisselle. Mais je ne pleure pas, non, JE NE PLEURE PAS. Je suis d’accord, en fait il pleut… je vous crois. Maintenant, laissez-moi.

  6. Pluie sur la ville

    Que l’on soit à Tokyo, N’ddjamena ou dans la Creuse, la pluie c’est chiant.
    La pluie, ça casse l’horizon. On ne peut plus lever la tête. On se plie sous le parapluie, on regarde ses pieds pour ne pas marcher dans les flaques, on garde l’espoir que l’humidité n’atteindra pas les chaussettes. On ploie le dos pour ne pas mouiller le pardessus. On rentre le ventre en arquant légèrement les jambes –position crabe qui va se déclencher une sciatique- pour ne pas mouiller ses fesses.
    La pluie ça nous recroqueville. On ne voit rien : qu’il y ait des néons allumés aux hiéroglyphes indéchiffrables pour un occidental ou qu’il n’y en ait pas.
    La pluie, ça nous rend petits et pressés.
    La pluie, ça brouille la ville et embrouille nos pensées.
    Pourtant… alliée à la nuit, la pluie vide la ville. Il reste les halos livides des phares et des réverbères ; les halos polychromes des néons commerciaux que l’on trouve dans le monde entier (sauf peut-être dans la creuse).
    Si nous avions le temps de regarder une ville sous la pluie, nous découvririons des arbres secoués par le vent qui se mettent à rêver de liberté, des réverbères scintillant en enfilade qui se prennent pour des constellations et de l’asphalte se la jouant rivière en exhalant l’hydrocarbure.
    La nature enrage, embastillée dans le bitume, le verre et l’acier ; la pluie est un exutoire.
    La pluie est une menace où la nature rappelle qu’elle peut mettre la main sur la ville.
    La pluie sur la ville comme un message : la ville qui lave la crasse que nous lui déposons, la ville qui nous vire de son ventre pour retrouver le silence après la pluie.
    Et pourtant, tout rapetissés et autocentrés sous nos parapluies, nous pensons que la pluie c’est chiant.

    • Un grand merci Lea. Votre texte est haletant, on sent l’urgence de se mettre à l’abri. Je suis sûre que même en plein été, sous la canicule, votre texte réussirait à nous « mettre en boule ». En utilisant la troisième personne, vous avez pris le parti de généraliser l’aversion que « nous » avons tous pour la pluie, totalement soumis aux conditions météo. Pour faire écho au dialogue enfantin de Stefan, j’ai tenté d’inverser quelques-unes de vos phrases pour avoir un point de vue plus positif (histoire de commencer la nouvelle année avec de bonnes énergies:)). Finalement, quand on est enfant, on lève la tête, bouche ouverte, pour attraper les gouttes, on se lance dans les flaques d’eau pieds joints, on ne se recroqueville pas, parce qu’on veut être grand, adulte … et finir par détester la pluie? Très beau texte en tout cas!

    • Le début de ce long et beau texte ne laissait pas grand chose à espérer… Et pourtant, on se met vite à sourire quand vous listez finement nos petits bougonnements de français râleurs… Bien avant le vôtre, de « pourtant » qui fait basculer le texte et nous aide à retrouver la nature sous la ville, et la vie sous la photo, comme on retrouve le caractère de quelqu’un derrière les traits de son visage. En plus à la fin la boucle est bouclée, retour au « c’est chiant » du début. Parce que c’est vrai, c’est chiant que votre texte soit déjà fini ! Merci pour ce beau moment.

  7. Lost in translation

    Déboulonné, déraciné, le sombre de la nuit m’absorbe.
    Je ne sais plus quelle heure il est, ni depuis combien de temps je suis parti. Je déambule, ça me fait du bien.
    Il me fallait de l’air, sortir de l’univers fermé des zones de transit, sentir à nouveau le temps qui passe.

    Le manque de sommeil et le crépitement de la pluie maintiennent une douce distance entre la ville et moi.

    Tokyo m’envahit de ses lumières, de ses silhouettes floues qui de loin paraissent identiques. Il semble régner une harmonie secrète entre l’esthétique des lignes modernes et les sourires feutrés des intérieurs.

    Je me laisse glisser dans le voyage, libre, fantome bienveillant et curieux superposant le reel à l’imaginaire.

    • Merci Laurent d’avoir pris le temps de te/nous plonger dans le noir. La référence au film Lost in Translation nous permet rapidement de sentir cette ambiance nocturne, il plante le décor, même sans image. L’isolement et le déracinement culturel est très marqué au départ, puis cet envol, ce besoin de liberté et de découverte. C’est un beau voyage pour nous lecteurs, merci…

    • Derrière la référence cinématographique, le titre améne l’idée de traduction … belle est infidèle ou fidèle et laborieuse… Association de mots et associations d’idées, le lien que vous faites entre film et photo permet à l’un d’enrichir l’autre. Merci pour cette invitation au voyage, quelle que soit sa forme. C’est vrai finalement, que l’on partirait volontiers faire un tour à Tokyo… de nuit, évidemment !

  8. L endroit est fascinant ,
    l atmosphère est luisant
    Les couleurs se faufilent entre les gouttes de pluie que mon parapluie absorbe
    Les vitrines indiscrètes parlent un langage incompréhensible à notre oreille tandis que les voitures jouent à éclabousser les piétons
    Cette ville qui bouillonne de gens semble frissonner d excitation à la vue de quelques lumières
    Et dans la nuit qui s écoule
    l endroit fascinant prend une allure d aventure

    • Merci beaucoup Anette. Je ressens dans ton texte une excitation, une envie de découverte, une observation minutieuse mais non figée (éclabousser, bouillonne etc.). L’utilisation de la première personne l’aurait peut-être rendu plus réel encore? Je me réjouis de ta participation à cet atelier … Vivement ton texte posé sur la prochaine image :).

    • Beaucoup d’enthousiasme dans ce joli texte, j’aime bien l’idée que les parapluies absorbent la pluie et que les vitrines communiquent. Un monde plein de vie, loin du côté trop lisse des façades de verre. En effet, une belle aventure en perspective !

  9. —————————————————————————————————-
    Moi: De quelle couleur est la pluie?
    Yuki: ‘vert’.

    Moi: Pourquoi? Chaque enfant dessine la pluie avec la couleur bleue.
    Yuki: D’accord, alors je dis ‘jaune’.

    Je regarde par la fenêtre et dans les flaques, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont reflétées.

    —————————————————————————————————-

  10. Avec My Bloody Valentine – Only Shallow dans les oreilles, on s’envole vers ce pays mystérieux à travers cette belle série illustrant cette société super active et ses paysages urbains figés dans le temps.
    Univers intimiste, coloré, froid, qui m’embarque dans les bas fonds des décors futuristes de Blade Runner de Ridley Scott.

    • Et très interressante ta référence au cinéma. Employés robotisés ? Un répliquant sous chaque cloche de plastique ? Creuser l’image nous emmène dans un autre monde ! En tout cas si Céline a vu Harrison Ford à Tokyo, elle ne m’en a rien dit …

    • Fabien, « on s’envole » en musique et on se laisse bercer par un imaginaire qui nous attend à notre arrivée. Le mystère est néanmoins rapidement supplanté par la réalité, une ville que tu décris active et figée à la fois. J’aime beaucoup ce contraste qui donne vie à l’image. Merci 🙂

  11. Abandonné au milieu de ce tumulte, agare, je regarde cette foule, cette vie, cette ville qui ne dort jamais. Milles reflets envahissent mon esprit, je me sens moins seul. Le clair obscure guide mes pas sous cette pluie froide, avec une folle envie de m’assoire et partager un moment de chaleur, à l’abri des sirènes, des klaxons et de cette averse qui me ramène, à chaque instant, à la raison. Mon regard se pose sur cette terrasse, sur cette voiture tandis que je prends froid. Mais dans mon cœur, il fait chaud. Ravi d’être présent dans cet univers inconnu.

    • Sympa de rajouter du bruit, de la chaleur et des émotions dans l’image de Céline, ça lui donne encore plus de profondeur. Intéressant aussi l’échange entre ce qu’on voit sur la photo et ce que le narrateur ressent, cette sorte de va et vient instaure presque un dialogue entre la photo et celui qui la regarde.

    • Cyril, ton observation de la photographie, de son contenu et de son traitement légèrement désaturé, aux couleurs froides te transporte rapidement dans une errance urbaine. J’aime beaucoup la description de ton état, on ressent un fort contraste entre l’extérieur (froid, obscure, sirènes) et l’intérieur (folle envie, chaleur, abri, chaud, ravi).
      Merci Cyril pour cette participation.

  12. Lumières et bruits de la nuit.
    Mouvement perpétuel d’une vie qui jamais ne s’arrête.
    Mille reflets de couleurs scintillent dans l’eau de pluie. Mon regard se brouille, Il faut que je parte.mais mes pieds mouillés semblent collés à ces flaques lumineuses, et je reste là,immobile, comme étranglé à ce tumulte.
    Raymond

    • Lumières et bruits, vous avez une belle façon d’entendre l’image de Céline. En tout cas c’est une photo qui ne vous laisse pas indifférent et vous l’exprimez très bien. Dommage que la fin se rétrécisse (étranglé) on aurait bien lu quelques lignes de plus… Un retour dans les lumières ?

    • Jolie progression dans le style avec une première phrase qui pourrait être le début d’un poème. Grâce à l’emploi de la première personne et des phrases de plus en plus longues tu nous fais ressentir ton envie de fuite … pourtant immobile !
      Merci Raymond

    • Merci beaucoup Charles … peut-être que le « voyageur immobile », comme tu te décris si souvent, aura envie d’écrire quelques lignes, si tu en trouves l’inspiration :). Je serais ravie que tu partages ta plume avec nous tous. De grosses bises. Céline

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