Faites parler les images #4

Rideaux

Violet ? Ou plutôt orange, ça fait plus lumineux. Avec des motifs, évidemment. Le vert ferait penser au printemps. Le bleu rappellerait le lac en été. Marron c’est tout triste, pas bon. Ou orange foncé, c’est pas mal non plus. Pour la matière, il faut que ça brille. Donc pas du coton. C’est peut-être plus naturel que le polyester, mais c’est mat et tout terne !

Enfin, quel que soit le tissu, ça sera suffisant pour qu’on ne puisse pas voir l’intérieur de la bania quand on est dehors. Elle se sentira sûrement mieux comme ça. Elle aura son intimité pour aller au bain. Mais quand même, des rideaux, ce n’est pas qu’utilitaire, ça doit être joli. J’ai l’impression que les femmes aiment bien les rideaux, ma mère et ma grand-mère y faisaient toujours très attention.

J’espère qu’elle va se plaire dans la cabane. La vue sur le lac est magnifique et on n’est pas dérangé par les voisins ! Un excellent point d’observation pour les oiseaux. Le meilleur endroit de tout le lac pour le héron. On pourrait presque faire le comptage assis sur le banc devant la porte.

Je trouve ça bien que l’institut d’ornithologie embauche des femmes. J’étais un peu inquiet quand Sergueï est parti à la retraite, on s’entendait bien et j’aurais pu tomber sur un poivrot ou quelqu’un de pénible au lieu de Natalia. C’est l’institut qui fait les équipes et on n’a rien à dire. J’ai vraiment eu beaucoup de chance ! On a eu le temps de discuter un peu quand on nous a remis la fiche de mission pour les six prochains mois. Je crois qu’on va bien se comprendre, je me sens bien quand je suis avec elle. Parfois, quand elle me parle, j’ai même l’impression d’avoir des colibris dans l’estomac... Et comme elle sent bon ! Il va falloir que je me lave plus souvent… Il faut absolument que j’aille chez le coiffeur avant de partir. Et peut-être acheter un nouveau bonnet ?

Pour les fleurs en plastique, j’hésite encore. Ça mettrait un peu de couleur dans la cabane cet hiver, mais il ne faudrait pas qu’elle me trouve trop entreprenant. On est simplement des collègues de travail, après tout…

Juliette Derimay

Faites parler les images #4

Voici le quatrième atelier d'écriture animé par Juliette avec une nouvelle image.

Si vous souhaitez relire le principe; rendez-vous ici.

"Une succession de mots, une phrase, un ou plusieurs paragraphes, 2000 signes maximum (soit environ 400 mots), voici l’espace que je vous offre pour vous exprimer ici.

Ma photographie ne comprendra ni lieu ni date, afin de ne pas influencer votre histoire, votre ressenti vis-à-vis de la scène, des couleurs, ou de l’ambiance qu’elle dégage.

Vous pouvez publier de manière tout à fait anonyme en laissant un pseudonyme par exemple. Sachez également que l’adresse email, requise pour envoyer le commentaire, ne sera ni publiée ni diffusée, selon le respect de la loi sur la protection des données (GDPR).

A très vite pour découvrir vos mots.

Céline

13 commentaires sur “Faites parler les images #4”

  1. Ah ! Elle est enfin sortie la patronne ! Son bavardage m’épuise, si vous saviez… et puis cette agitation incessante : monter, tirer, déplier, replier, descendre, ranger ici, déplacer là, chercher ceci, trouver cela… Là c’est ma petite heure tranquille, ma petite heure à moi.
    En plus, elle a failli ruiner ma pause, la vieille. Aucun respect de mon intimité ! Vous vous rendez-compte : elle voulait qu’on débarrasse le comptoir de tous les tissus que j’y ai patiemment entassés.
    Mais moi c’est mon rempart ! Ma cachette ! Mon abri ! Mon refuge ! Là-dessous – eh oui, on ne dirait pas comme ça – je cultive mon air innocent pour la galerie, mais je suis un malin … Là-dessous héhé, j’ai planqué ma gourde – et c’est pas de l’eau si vous voyez ce que je veux dire – et puis y a mon album.
    Ah il est beau…. que du noir et blanc hein – parce que les couleurs moi je sature, à force d’être dedans toute la journée – y a pas de couleur je vous dis et rien que ça, c’est le début du bonheur…. mais le meilleur … ahah le meilleur… c’est que ce sont des dessins spéciaux si vous voyez ce que je veux dire… Des… femmes… héhé… belles…. toutes nues … ah ça me fait rêver ces corps tout blancs, ces chevelures noires … non non je vous ne le montre pas, mon album… il est rien qu’à moi, rien que pour moi… tiens, vous savez quoi ? Faites le guet, pendant que je le regarde, et prévenez-moi si elle revient.
    Parce que quand on est marié, les femmes elles aiment pas qu’on en regarde d’autres. Et moi vu que je suis déjà son employé, je veux garder cette petite liberté, cette liberté de papier, cette liberté de rêver.
    C’est la seule que j’ai.

  2. Elle déambulait par là. Elle a aperçu l’homme en anorak et bonnet de laine qui dépassait au dessus de son rempart de tissus. Pour dire vrai, elle avait d’abord été attirée par la lumière du soir, par les couleurs chatoyantes et profondes et les piles de tissus soigneusement pliées. Elle s’était demandée s’il y avait une logique. Par couleur ? Par type de textiles ? Elle avait renoncé.
    Il l’a vue approcher, son appareil photo en bandoulière. Il reconnaît la marque. Il sait qu’il ne pourra jamais s’en payer un comme çà. En vérité, il s’en fiche. Il n’a pas besoin d’appareils pour graver ses souvenirs. Ses souvenirs se gravent au quotidien comme des grains de sable qui s’agglutinent et dessinent un mouton, un mouton dont chaque jour il tondrait la laine pour faire un beau tissu. C’est le rêve qu’il fait chaque nuit, celui d’un mouton qui toute sa vie lui offrirait sa laine. En échange, il devrait lui enseigner toutes les couleurs du monde, pas juste le vert des pâturages.
    Elle est toute proche avec son appareil photo. Elle demande d’un geste si elle peut le mettre dans la boite. Il dit Oui de la tête comme à chaque touriste même si ça l’agace, même si tous promettent de lui envoyer la photo s’il a une adresse mail. Non bien sûr que non, il n’a pas d’adresse mail. Juste le fil de laine d’un mouton qui fait le tour de la Terre. Il la regarde. Il ne sait pas s’il doit être sérieux ou sourire ou faire un V avec les doigts comme les enfants. Il la regarde c’est tout. Elle ne souhaite pas qu’il la fixe en posant. Elle a tort. Il a un beau regard. Elle lui fait signe de travailler comme d’habitude. Pour capter un peu d’authenticité. Elle n’est pas sûre de faire une bonne photo. Elle sait qu’elle devrait renoncer, que son œil n’est pas au mieux de sa forme mais déjà il se retourne vers ses tissus parce que celui qui tient l’appareil photo a du pouvoir. Il sourit gêné, plutôt intimidé. D’habitude ça ne lui fait ni chaud ni froid mais elle est différente. Elle est blonde, ne porte pas de foulard comme les femmes du pays. Il n’a pas l’habitude des femmes qui ressemblent aux champs de blé qui sourient dans le vent. Dans sa tête, il cherche quel tissu pourrait s’accorder avec cette chevelure. Un rouge carmin ? Un bleu profond ? Il ne connaît pas les peintures italiennes religieuses du Musée du Louvre. Sûrement Raphaël ou Giotto l’auraient aidé. En vérité non, ça ne l’aurait pas aidé. Il n’aurait pas été plus heureux qu’il l’est à venir trois fois par semaines au marché. Il n’aurait pas croisé le regard de cette fille blonde qui lui sourit comme jamais on ne lui a souri. La nuit, à côté du mouton, le rêve s’est enrichi.

    • Une merveille, je me régale de ce texte Pascal. Je me replonge dans les allées de ce marché et m’imagine dans la peau de ton personnage (de la photographe), de moi ? de ton imagination de moi? On sent du vécu également dans l’approche photographique. C’est en tout cas une belle rencontre que tu nous décris, avec deux personnes attachantes. MERCI.

  3. Sur la toile …

    « Ah ! cette gentille photographe qui me donne du fil à retordre en voulant absolument me tirer le portrait, elle me toise, je vais devoir prendre des mesures.
    Avec tout cela, j’ai perdu le fil de mes idées, voilà, c’est le courrier d’un client qui est issu d’une famille bourgeoise et qui me passe commande. Il veut confectionner des robes pour un mariage. Ca ne fait pas un pli, il veut le tout très rapidement. Je n’y arriverai pas seul, je suis dans de beaux draps… Allez, je me calme et reprends point par point sa demande. Je lui proposerais bien soit du lin soit de la soie, l’un ou l’autre, un choix qui n’est pas coton. Et toutes ces couleurs vives ou si ternes comme dirait mon ami le routier. Je lui passerai un coup de fil et finaliserai la commande que je pourrais confier à cette photographe . Par contre, il lui faudra attendre ou repasser dans quelques jours.
    Que je suis bien ici, une vie simple, pas décousue, de la toile qui me suffit, pas cette toile qui déforme, fait un pli ou oblige au repli, elle enrobe l’information, la déforme, la coupe, la découpe, nous voile la face. Que je suis bien dans mon atelier. Que cette photographe appuie sur le bouton pour ensuite partager cette odeur, ces couleurs sur la toile. Sa photo en fera sans doute réagir plus d’un. Je tire le rideau. »
    Antoine alias quantinosse

    • J’aime vraiment beaucoup ce dialogue intérieur et je souris à l’idée que ses pensées, à propos de la photographe, puissent être vraies. Voilà à nouveau une jolie fourchette de jeux de mots. MERCI Antoine.

      • Chère Céline, ne dit-on pas une « brochette » de mots et non pas une « fourchette » de mots !? 🙂
        Sauf si bien sûr la langue a fourché en se brûlant avec une brochette de maux. Bon je laisse Antoine réagir, c’est lui le spécialiste de l’almanach Vermot, l’as de l’accent décomplexé, le funambule de la syllabe 🙂

        • Pas de bol, Céline mais il ne faut pas en faire tout un plat.ce n’est pas râpé dirait le fane de carottes. J’apprécie tes commentaires, ton regard sur nos écrits. Allez terminons par prendre quelques vers à pied certainement. Pour moi, ce n’est pas l’almanach Vermot mais un dictionnaire de mots redéfinis à ma manière que l’on peut se procurer chez thebookeditions : titre: en haute définition.

  4. Amertume et espoir
    Les couleurs resplendissant. Bleu jaune vert rouge orange….
    La boutique est pleine d une chaleur enveloppante
    Quand on penetre dans ce décors on sent une harmonie touchante.
    Mais d ou vient ce bonheur simple ?
    Regardez bien. Au milieu de ces tissus soyeux rapeux doux et multicolores une personne ordinaire aux yeux couleur du ciel, a la peau couleur du sable, a la bouche couleur de fraise, à la tenue couleur de la terre, vous accueille dans une auréole de joie et de gentillesse.
    Ses tissus multicolores se reflètent sur lui et lui reflète sa bonne humeur sur l étranger venant lui acheter sa marchandise
    Dans ces endroits on a le sentiment que tout le monde est heureux et reconnaissant.
    Dommage que souvent, nous, occidentaux ne prenons pas exemple
    Tout n est pas du. souvent un sourire vaut plus que des pièces trébuchantes
    Petit coup de gueule gentillet

  5. ARC en CIEL.

    Bleu, ciel, mer, coraux
    Rouge, feu, sang chaud
    Blanc, neige, pur, cadeau
    Vert, paysages, flore, faune…
    Cette nature, quelle merveille
    Un magnifique arc en ciel.

    Gris, nuages, pluie sur les pavés
    Orange, jaune et rouge pressés
    La vie en rose souhaitée
    Noir, on voudrait l’éviter,
    Mais cette nature quelle merveille
    Un magnifique arc en ciel.

    C’est le pied, je trouve ça beau.
    Ces couleurs quel cadeau
    Soie, lin,… je n’ai plus de mot
    Pour décrire cette photo.
    Mais cette nature quelle merveille
    Un magnifique arc en ciel.

    Antoine mai 2019

  6. Il est heureux au milieux de ses couleurs. La chaleur du rayon de soleil les fait briller de mille feux. Ce qu’il aime le plus, C’est le moment où les femmes du quartier viennent faire leur achats. C’est alors un vrai concert de voix qui lui rappellent le chants mélodieux de ces petits oiseaux précieux qu’il garde bien cachés se réservant pour lui seul, leurs douce musique.

    • Les couleurs n’ont pas tardé à faire leurs effets puisque j’ai découvert ton texte quelques minutes à peine près l’avoir posté:). Voilà donc ce qui se cache dans le regard malicieux de cet homme, joli :). On sent l’ambiance du marché et le passage féminin sur le stand de tissus. Bisous et merci Raymond.

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