Faites parler les images #13

Bonjour à tous,

J'ai le plaisir de vous proposer ce nouveau diptyque, en espérant que cette combinaison d'image, choisie tout à fait au hasard, puisse vous inspirer une fois de plus.

Je me réjouis d'ores et déjà de vous lire.

A très bientôt,

Céline

 


 

Souvenirs

Eux, ils étaient venus à pied. Arrêtés par la mer dans leur très long voyage, ils avaient enlevé leurs chaussures et ils marchaient sur la plage. En silence. Le vent qui gonflait leurs habits avait une odeur d’algues et un goût de sel. Leurs pieds laissaient des empreintes à peine visibles dans le sable mouillé, elles seraient effacées par la prochaine vague, comme les traces de pattes laissées par les oiseaux depuis longtemps envolés.

Elle, elle était venue en avion voir sa sœur qui travaillait pour l’Unesco, et elle en profitait pour découvrir ce pays qu’elle ne connaissait pas. Elle voulait se reposer après une longue enquête et la bataille encore plus longue qu’elle avait dû mener pour faire publier son histoire. Le soir allait commencer à tomber, elle avait enlevé ses chaussures et elle marchait sur la plage. En silence. Le vent qui gonflait ses habits avait une odeur d’algues et un goût de sel. Ses pieds laissaient des empreintes à peine visibles dans le sable mouillé, elles seraient effacées par la prochaine vague, comme les traces de pattes laissées par les oiseaux depuis longtemps envolés.

Elle et eux avaient parlé longtemps sur cette plage autour du feu qui les avait réunis. Chacun dans son anglais ils s’étaient racontés. La vie qui n’en était plus une, le départ, les marches, les trajets en voiture, en camion, en bus, même à vélo. Les petits boulots pour se refaire et continuer, les maladies, les vols, les viols, les arrestations, le racket, la faim, la soif, la solitude, la solidarité parfois, les trahisons souvent. Et la mer qu’il faudrait traverser pour continuer, pour arriver enfin là où ce serait enfin la vraie vie.

Elle leur avait demandé et ils avaient acquiescé. Alors elle avait noté. Elle avait tout noté, les noms, les lieux, les dates, les anecdotes, les regrets, les aveux, les envies, les rêves. Tout.

De retour chez elle dans son pays sans mer, sans plage et sans chaleur, elle avait écrit leurs histoires. Elle avait effacé, recommencé, réécrit, essayé de recontacter les uns et les autres, intégré les nouvelles reçues ou téléphonées ou griffonnées et postées. Puis elle avait cherché à faire publier son histoire. Mais personne n’en voulait plus de ce genre d’histoire, ils en avaient déjà publié une sur le sujet dans le numéro précédent, en avaient déjà refusé deux autres, n’étaient pas intéressés, ne pensaient pas que ça pourrait avoir sa place dans les colonnes, ne voyaient pas ça en accord avec leur ligne éditoriale, pensaient qu’elle devrait revenir plus tard parce que là, oui c’était bien écrit, mais non, ils ne le publieraient pas.

Et elle l’avait appris par la mère de l’un d’eux. Leur bateau avait coulé dans la tempête censée les dissimuler aux regards des gardes-côtes. Ils ne savaient pas nager, personne ne leur était venu en aide, ils s’étaient noyés. Tous les six. Comme tous les autres passagers du bateau.

Alors elle avait planté des arbres. Six. Un arbre pour chacun d’eux, en haut de la colline dans son pays de froid, son pays qui fait tant rêver ceux qui cherchent la vraie vie.

Juliette Derimay

Je rappelle le principe de l'atelier d'écriture pour ceux qui nous découvrent.

"Une succession de mots, une phrase, un ou plusieurs paragraphes, voici l’espace que je vous offre pour vous exprimer ici.

Ma photographie ne comprendra ni lieu ni date, afin de ne pas influencer votre histoire, votre ressenti vis-à-vis de la scène, des couleurs, ou de l’ambiance qu’elle dégage.

Vous pouvez publier de manière tout à fait anonyme en laissant un pseudonyme par exemple. Sachez également que l’adresse email, requise pour envoyer le commentaire/texte, ne sera ni publiée ni diffusée, selon le respect de la loi sur la protection des données (GDPR)."

Si vous souhaitez avoir un aperçu du premier atelier, rendez-vous ici.
A très vite pour découvrir vos textes.
Céline

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Juliette Derimay

Souvenirs

Eux, ils étaient venus à pied. Arrêtés par la mer dans leur très long voyage, ils avaient enlevé leurs chaussures et ils marchaient sur la plage. En silence. Le vent qui gonflait leurs habits avait une odeur d’algues et un goût de sel. Leurs pieds laissaient des empreintes à peine visibles dans le sable mouillé, elles seraient effacées par la prochaine vague, comme les traces de pattes laissées par les oiseaux depuis longtemps envolés.

Elle, elle était venue en avion voir sa sœur qui travaillait pour l’Unesco, et elle en profitait pour découvrir ce pays qu’elle ne connaissait pas. Elle voulait se reposer après une longue enquête et la bataille encore plus longue qu’elle avait dû mener pour faire publier son histoire. Le soir allait commencer à tomber, elle avait enlevé ses chaussures et elle marchait sur la plage. En silence. Le vent qui gonflait ses habits avait une odeur d’algues et un goût de sel. Ses pieds laissaient des empreintes à peine visibles dans le sable mouillé, elles seraient effacées par la prochaine vague, comme les traces de pattes laissées par les oiseaux depuis longtemps envolés.

Elle et eux avaient parlé longtemps sur cette plage autour du feu qui les avait réunis. Chacun dans son anglais ils s’étaient racontés. La vie qui n’en était plus une, le départ, les marches, les trajets en voiture, en camion, en bus, même à vélo. Les petits boulots pour se refaire et continuer, les maladies, les vols, les viols, les arrestations, le racket, la faim, la soif, la solitude, la solidarité parfois, les trahisons souvent. Et la mer qu’il faudrait traverser pour continuer, pour arriver enfin là où ce serait enfin la vraie vie.
 
Elle leur avait demandé et ils avaient acquiescé. Alors elle avait noté. Elle avait tout noté, les noms, les lieux, les dates, les anecdotes, les regrets, les aveux, les envies, les rêves. Tout.

De retour chez elle dans son pays sans mer, sans plage et sans chaleur, elle avait écrit leurs histoires. Elle avait effacé, recommencé, réécrit, essayé de recontacter les uns et les autres, intégré les nouvelles reçues ou téléphonées ou griffonnées et postées. Puis elle avait cherché à faire publier son histoire. Mais personne n’en voulait plus de ce genre d’histoire, ils en avaient déjà publié une sur le sujet dans le numéro précédent, en avaient déjà refusé deux autres, n’étaient pas intéressés, ne pensaient pas que ça pourrait avoir sa place dans les colonnes, ne voyaient pas ça en accord avec leur ligne éditoriale, pensaient qu’elle devrait revenir plus tard parce que là, oui c’était bien écrit, mais non, ils ne le publieraient pas.

Et elle l’avait appris par la mère de l’un d’eux. Leur bateau avait coulé dans la tempête censée les dissimuler aux regards des gardes-côtes. Ils ne savaient pas nager, personne ne leur était venu en aide, ils s’étaient noyés. Tous les six. Comme tous les autres passagers du bateau.

Alors elle avait planté des arbres. Six. Un arbre pour chacun d’eux, en haut de la colline dans son pays de froid, son pays qui fait tant rêver ceux qui cherchent la vraie vie. 

Juliette Derimay

pascal chambon

Très beau texte Juliette, pas optimiste mais très beau. Et qui permet de relativiser entre déception du désintérêt éditorial et espoir à jamais englouti…

Antoine Quesson

Comme si les histoires de la souffrance on en était saturés . Ce n’est pas vendeur… quel est ce pays de froid où l’on trouverait la vraie vie ? Ces arbres plantés c’est la vie, nos racines et si nous étions sous le charme de ce bouleau pour partager la sève de la vie

Juliette

Finalement, la réponse que je viens de faire à Pascal pourrait également convenir à cette remarque, qui me plait beaucoup, sur la saturantion de souffrance …
Quant au pays dont il est question, j’en ai discuté avec Céline, mais le flou est une volonté délibérée ici : pour que chacun puisse choisir celui qui lui convient et laisser travailler un peu le lecteur 😉

Juliette

Merci Pascal, et en effet, réaction face aux journaux, qui, à force d’être à l’affut du nouveau, en oublient parfis que les « anciens problèmes » existent encore…

Schuffenecker annette

Le sable a perte de vue la neige loin devant elle la mer immense devant ses yeux les montagnes gigantesques.
jade à 4 ans et malgré sa petite vie remplie de belles choses, elle se pose beaucoup de questions sur le monde qui l entoure, surtout en ce moment. Sa maman lui rappelle de faire attention à elle, il faut se laver les mains ne pas trop faire de câlins. A cause de qui ? De ce vilain virus.
Alors aujourd hui elle décide de s habiller et d aller voir si le monde est vraiment si abîmé.
Elle part vers la montagne, sur le chemin elle entend une petite voix. Bonjour petite jade je suis le rocher de la montagne, où vas-tu ? Je viens voir si tu es heureuse montagne ? Oui mais j aimerai tant que les gens ne laisse pas traîner ses déchets au milieu de mes forêts.
désolée montagne lui dit jade j essaierai de ne pas le faire et jade part vers la mer.
la bas la mer lui confie qu elle étouffe, elle et les poissons, a cause de tout ce plastic jeté a l eau.
jade promet qu elle en parlera a sa maman pour faire passer le message.
Et la voilà partie pour aller voir la neige, malheureusement ici aussi la pollution fait fondre le neige, petite jade est malheureuse, vraiment tout le monde se fiche de notre terre.
elle a espoir peut être si elle va vers le désert tout sera propre et les gens là-bas seront ils plus respectueux, et bien :
Non crie petite jade en colère,.
Je reviens chez ma maman dit elle, elle, elle me protège et m explique comment faire pour protéger notre terre.
C est pour ça que je l aime. il est l heure d aller se coucher petite
jade s endort dans les bras de maman avec la certitude qu
en écoutant maman elle pourra se promener dans tous les coins du monde en respirant fond
Cette petite histoire est vraie jade ma Petite fille me l à racontée hier soir en. S en dormant, belle vie a toi mon cœur

Last edited 3 mois il y a by Schuffenecker annette
pascal chambon

Le vent gonflait nos djellabas qui, telles des voiles, claquaient à nos oreilles. Pour autant, nous n’étions ni marins ni pêcheurs. Juste des pèlerins sans bagage. Depuis notre départ, nous avions chanté en chœur pour nous donner du courage. Mais déjà notre répertoire était épuisé. Au 7ème jour, alors que nous marchions sur le littoral, surgit au dessus des eaux, une arche rayonnante. Nous comptâmes sept couleurs toutes plus majestueuses les unes que les autres. Nos yeux s’emplirent de joie et même les mouettes se mirent à rire plus fort. Comme elles, nous aurions aimé tourbillonner pour honorer le ciel mais bien sûr ce n’était que fruit de notre imagination. Alors nos corps se sont étreints, bustes, fronts, hanches cherchant à se fondre en énergie commune. Quand nous avons repris notre souffle, l’arc en ciel s’est dissous, ne laissant face à nous que le jaune du désert.
 
Dune après dune, corps à cœurs solidaires. Quand l’un de nous sentait venir la fatigue, il posait sa main sur une épaule fraternelle. Si la fièvre cognait au front, un autre se privait de boire pour déverser quelques gouttes apaisantes. Car le soleil dardait. Notre sueur coulait sur nos tempes, attirant le bourdonnement des mouches, comme si le suint de notre peau était leur seule oasis. Enfin les dunes se sont aplanies, offrant quelque répit.
Au dixième jour, nous aperçûmes un puits. En vérité, tout juste quelques pierres, une corde élimée et une outre poisseuse au milieu de nulle part. Entendant nos pas, une vieille femme aux yeux blancs et vitreux, assise à même le sol, a tendu les bras, serré nos poignets. Ses lèvres marmonnaient mais ne réclamaient rien. Il m’a semblé qu’elle comptait. Puis elle a touché nos chevilles pour vérifier qu’il n’y avait point d’erreur.
— Vous êtes sept, comme les sept péchés capitaux. Mais certains disent que le 7 est  chiffre de la chance. Voyageurs du désert, nul ne connaît son destin. »
Nous échangeâmes un regard. Etait-elle folle ou sage ? Une chose est sûre, elle avait la solitude pour compagne.
— Voudrais-tu nous accompagner ? Tu pourrais nous guider, ai-je proposé. 
— Je suis bien trop vieille pour marcher. 
— Nos épaules pourraient te porter, tu es légère comme un parchemin. 
— Je vous encombrerai d’un bagage inutile. Là où vous allez, il faut pouvoir marcher d’un pas léger. Vous n’avez nul besoin de moi, la lune vous servira de guide. »
En invite au départ, elle agita les doigts et une brise caressa nos joues.
Après avoir rempli nos outres, nous la saluâmes et reprîmes la piste. La vieille resta là, à moitié affalée contre le tronc râpeux du palmier. Quand je me retournai pour un dernier regard, je ne pus apercevoir ni ses yeux ni ses lèvres en train de marmonner. Juste sa silhouette minuscule, datte sèche jusqu’au noyau.
 
Désormais, le sable avait cédé la place à des cailloux coupants. Nos pieds souffraient à chaque pas et notre sang désaltérait les scorpions.
Quand le soleil s’effaçait, la vieille avait raison, c’est la lune qui nous servait de guide. Sa forme changeait de nuit en nuit telle une danseuse aux hanches aguicheuses. Mais sous la voie lactée, elle restait une précieuse et fidèle compagne. Parfois, je me surprenais à lui sourire et même à entretenir quelque conversation intime. Ainsi passait mes nuits.
 
Au bout, de trois mois, nous ne savions même plus la raison de ce voyage vers le Nord. Nous n’étions plus que l’ombre de nous-mêmes, loques chancelantes et hirsutes. Quand nous franchissions les portes d’un village, les femmes nous lançaient des regards méfiants et les hommes, des pierres pour nous en faire sortir. Nous n’étions plus humains, à peine des pantins qui espéraient courir.
La fatigue n’a pas seulement détruit les corps. Elle a aussi fêlé nos têtes. — Comme les sept pêchés capitaux, avait dit la vieille. » Sans le vouloir, nous avions basculé du côté obscur. Nos âmes détraquées distillaient leur venin. Bientôt, nous ne fûmes plus sept. A chaque ville, notre groupe s’amenuisait, l’un en prison pour vol, l’autre pour avoir séduit la femme d’un commerçant. Un troisième ayant goûté toutes les nourritures de la Terre, avait enflé comme un porc et ses jambes ne pouvaient le porter davantage. Allez savoir pourquoi, je fus le dernier. Je n’étais ni pire ni meilleur. Peut-être Dieu m’avait-il oublié.
 
Seule la lune me guida jusqu’au bout du voyage. J’imaginai des cités fleuries, des palais enchanteurs mais la réalité fut bien différente. C’est le néant qui m’accueillit à destination. Le vent, le sable, la mer, avaient disparu. Quant aux couleurs sur la Terre, elles s’étaient évaporées. J’ai fermé les yeux, imploré l’arc en ciel. En vain. Tout en moi devint triste et gris.
—  Souviens-toi, certains disent que le 7 est le numéro de la chance. »
Sa voix avait résonné en moi et aussitôt déclencha ma colère.
—  De quelle chance, parles-tu la vieille ? Il n’y a rien ici. Même les couleurs ont disparu. Oublie-moi, par pitié oublie-moi vieille sorcière… »
J’avais hurlé ces mots. Je n’étais pas seul, l’écho était un autre fou.
Le silence revenu, il m’a semblé que les étoiles se décrochaient du ciel. Elles tombaient avec une infinie douceur, parfois tourbillonnaient, pénétraient mes narines, s’accrochaient à mes cils, se posaient sur ma langue. Douce folie apaisante. Ensuite, je crois m’être évanoui.
           
Au matin, j’eus le plus grand mal à ouvrir mes paupières, cils soudés par une croûte cristalline. Quand enfin mes pupilles ont laissé filtrer la lumière, l’éblouissement fut tel que je dus faire écran de mes mains. En haut de la colline blanche, je crus d’abord que se dressaient cinq arbres sans feuillages. Mais il fallut du temps avant que mes yeux s’habituent et distinguent clairement. En scrutant, je distinguai cinq arêtes de géants, dauphins volants plantés à la verticale, épuisés sûrement d’un trop long voyage. Me jugeant chanceux d’être encore de ce monde, je tentai de me remettre sur pieds. Mais pour ce faire, tout homme a besoin de ses mains. Dégourdir mes poignets, tendre mes doigts me prit un temps infini. Je tâtai le sol, à la fois solide et friable, humide, jusqu’à se fondre en eau et fuir entre mes doigts. Quant à la température, elle m’était étrangère. Je titubais. Mon corps tremblait sans que je puisse l’en empêcher.
— Ne reste pas là, avance, martela la vieille quelque part dans ma tête.
Devant mon indécision, elle ajouta,
— Poursuis ton chemin sinon tu vas… »
Ce n’est ni le froid ni la peur qui me figèrent sur place. Plutôt la beauté de ce spectacle inconnu et féérique. Aussi loin que mon regard pouvait se poser, le paysage était d’un blanc immaculé sur lequel scintillait une myriade d’étoiles.
— Ne provoque pas la chance, m’a chuchoté la vieille. Bouge, avant qu’il ne soit trop tard. »
Mais je suis resté là, sans faire le moindre pas. Car je n’étais pas homme à inscrire mon empreinte sur le manteau de lune.

Pascal Chambon
17/12/20

QUESSON Antoine

Solidarité puis solitude, rencontre… Malgré tout, tu laisses une belle empreinte avec ce joli conte .Poursuivons notre chemin avec nos sens en éveil. Merci

Pascal Chambon

Merci pour ta lecture Antoine. Heureux de ne t’avoir provoqué ni insolation pneumonie. Bonne fin d’année sous le sapin 🙂

Antoine

Merci pour ton souci quant à ma santé. Tel un cadeau j’ ai été emballé par ton texte,des mots taillés tels des émaux. Brillant

pascal chambon

Trop d’honneurs, camarade d’écriture 🙂

Pascal Chambon

Merci à toi Céline pour nous offrir chaque mois cette parenthèse qui stimule notre plaisir d’écrire et nous emmène aux quatre coins du monde. Bonnes fêtes en famille 🙂

Pascal Chambon

Je me suis d’abord fait le petit plaisir d’un clin d’oeil avec mon texte #7 dont la photo déjà se situait sur une plage… A partir du chiffre 7, c’est parti mon qui qui… 🙂

Juliette

De bien jolis mots (mention spéciale au « manteau de lune » et aux « étoiles qui se décrochent du ciel ») pour cette histoire si riche qu’elle pourrait être à la fois conte, fable, mythe et récit de voyage !
Me reste quand même une question, si j’ose… lequel des 7 péchés capitaux arrive finalement au bout du voyage ??

pascal chambon

Merci beaucoup Juliette pour tous ces compliments. Et pour répondre à ta question « capitale », je dirais peut-être L’ENVIE, l’envie de découvrir, d’aller au bout de la Terre… et de soi-même…

Juliette

Cette envie-là est pour moi une vertu, et non un pêché 😉

pascal chambon

Et oui, je crois aussi que la curiosité n’est pas un méchant défaut mais la plus belle qualité du monde 🙂

Alexandra

Péleri-Neige

Elle voulait être présente lorsqu’ils mettraient pied à terre.

Cela faisait des mois que ces hommes étaient en mer, portés par les vents et les courants marins, avec pour seuls instruments les étoilés, la lune et le soleil qu’Omar avait soigneusement étudié avant de prendre le large avec sa communauté.

En retrouvant la stabilité terrestre de cette île autrefois habitée, Omar, le chef de fil au turban rouge, savait que les mois de pèlerinage et de retraite qui les attendaient ici seraient une épreuve. Il avait prévenu les hommes dès le départ que ce face-à-face serait un palier important dans leur vie. Ce voyage avait suscité beaucoup de questionnements et de craintes chez eux. Reviendraient-ils vraiment meilleurs qu’avant ?

Dès à présent, tout devait se baser sur l’observation, la prise de conscience, mais aussi l’intériorisation et la reconnexion avec la terre et avec soi-même. Il n’y avait pas d’autre occupation que d’attendre le message de l’esprit de ce lieu pour trouver les réponses à leurs questions. Une sorte de quête de vision.

Omar observait les différentes phases que l’isolement peut provoquer chez l’humain : nervosité, agitation, perte de repère et déconnexion de la réalité. Il gardait néanmoins espoir que ce nettoyage intérieur sera bénéfique pour chacun. Mais au bout de quelques mois, tout se réveillait avec plus de virulence. Quelques hommes commençaient à faire part de leur impatience. Déjà 4 mois ici, et toujours pas d’esprit de la nature à contacter. Certains souffraient déjà de dépressions sévères dues au silence et au manque de contact social, d’autres de carences diverses. 

Omar essayait tant bien que mal de les raisonner, de leur apporter soutien grâce à ses discours du soir, remplis de bienveillance et de sagesse. Mais rien ne pouvait calmer cette folie humaine. Bientôt c’est toute la communauté qui se rebellait pour finir par s’entretuer.

Seul, il ne lui restait plus que la résilience et le lâcher-prise. Le silence assourdissant s’installa définitivement, la faim commençait à lui ronger les viscères. Ses divagations nocturnes et diurnes, accompagnées de visions ne le quittaient plus. Plus le temps passait et plus il se déconnectait, lui aussi, de tous ses sens. Figé, il voyageait dans une autre réalité.

Alors que la nuit et le sommeil venaient enfin le cueillir, elle finit par apparaître. Avec délicatesse, elle vint tisser sur son corps, point par point, une douce et légère couverture de coton. Un frisson le traversa, une sensation de chaud, de brûlure même.

Il comprit qu’il était enfin en contact avec l’esprit de l’île. Elle regrettait qu’il n’ait pas vu les quelques pas immaculés qu’elle avait laissé sur la plage lorsqu’il avait débarqué sur l’île. Elle avait pourtant tout fait pour ne pas fondre devant lui.  

Parti rejoindre les autres hommes, il ne réapparaitra que quelques années plus tard.
Et si chaque arbre était une trace de notre passage ici sur terre ?

QUESSON Antoine

Cette nervosité, cette agitation, cette perte de repère et la déconnexion de la réalité, c’est un peu nous. Prenons appui sur nos racines pour faire monter la sève de l’espoir , de l’optimisme, de la générosité. Plantons le charme, ne soyons pas des saules pleureurs, un peu de bouleau pour chacun sans être un peu pliés et l’hêtre que nous sommes apportera des fleurs au printemps qui nous attend. Merci pour ce regard.

Alexandra

Le registre de l’arbre te sied à merveille Antoine. Merci à toi pour ta lecture.

ANTOINE QUESSON

C’est vrai, j’ai beaucoup planché sur le sujet. J’envisageais d’ailleurs un voyage en Syrie….

Alexandra

😂😉 … c’est sans fin!

pascal chambon

Joli texte Alexandra !!! Et très belle observation des photos de Céline.

Alexandra

Merci beaucoup Pascal pour la lecture.
L’observation m’est plus facile que l’écriture :).
Si le coeur t’en dit, j’avais posté, avec du retard, un texte sur l’atelier 12.

Celine Jentzsch

Merci Alexandra pour ton texte. J’ai eu un sourire aux lèvres en relevant quelques similitudes thématiques avec le texte de Pascal.
Il me semble aussi avoir décodé des messages. N’ai-je pas reconnu une méthode méditative Vipassana ?

Alexandra

Merci Céline ☺️, Vipassana et autres, plus subtiles et plus secrètes ;).

Juliette

Merci Alexandra pour ce texte qui m’a ramenée aux contes et récits des origines, des bateaux qui partaient pour découvrir le monde, au temps des grandes découvertes… Monde extérieur, monde intérieur : si les cartes ne sont désormais plus vides, il reste les voyages intérieurs, parfois tout aussi riches et périlleux ! J’aime beaucoup cette façon de placer les arbres comme points d’ancrage pour les humains voyageurs …

QUESSON Antoine

Dame nature

Tapis de sable, tapis de neige
Que la nature est belle.

Porter ce vêtement blanc qui protège
C’est cette terre recouverte de neige.

Ces bateaux de bois au loin,
Ce sont ces arbres dont on a besoin.

Des empreintes laissées sur le sable
Ce sont ces pas feutrés d’animaux de passage.

Quelques nuages parcourent ce ciel bleu
Comme dans la vie de ces hommes soucieux.

C’est cette neige qui fournira de l’eau
Pour abreuver l’homme et les animaux.

Protégeons cette nature pour la donner en héritage
A ceux qui nous suivront, nous ne sommes que de passage.

Antoine
13/12/2020

pascal chambon

Bravo, joli poème Antoine, qui nous fait dialoguer d’une image à l’autre pour une belle profession de foi.

Antoine

Merci Pascal, Céline nous propose avec ces deux photos une gymnastique de l’esprit pour lier ces deux mondes, un imaginaire que je n’ai pas réussi à aménager jusqu’à ce jour, mais rien n’est perdu…

Juliette

Merci Antoine, beau poème tout en parallèle et en oscillations qui nous ramène finalement vers ce qui est le cœur de tout, la nature. Construction sans faille qui nous mène droit au but ! Impeccable

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