L’appel des Chläuse dans l’Appenzell

Ecoutez !

Entendez-vous les cloches et les grelots qui sonnent ? Il est 5 heures du matin, la pénombre couvre encore le paysage de l’Appenzell en Suisse, mais les douces collines se renvoient déjà des milliers de tintements. Comme chaque année, une ambiance mythique flotte au-dessus de la région. On célèbre ici la Saint Sylvestre, une tradition qui remonte au moyen-âge et qui rassemble les familles de tout l’arrière-pays.

Des dizaines de troupes, Les Silvesterchläuse (les Nicolas de Sylvestre), revêtent leurs masques et leurs costumes avant le lever du jour et partent déambuler en file indienne de maison en maison pour souhaiter la bonne année et ce, jusqu’à l’aube suivante.

Devant chaque habitation, les troupes (les Schuppel), de six ou sept Chläuse, forment un cercle et entonnent une série de chants traditionnels, les « Zäuerli », dont le but est d’éloigner les mauvais esprits.

Chaque morceau est ponctué par une courte pause, durant laquelle l’hôte glisse sous le masque une paille reliée à une chope d’alcool. A la fin du registre, les Chlaüse, prennent congé. Tour à tour ils serrent la main des habitants en leur souhaitant une bonne année. Le dernier Chläuse, celui qui ferme la cérémonie, fait quelques tours sur lui-même, se secoue le bas des reins pour agiter les grelots et s’en va vers la maison ou la ferme suivante. Ce rituel me ferait presque penser aux Chamans lorsqu’ils entrent en transe et tournoient sur eux-mêmes. De même, les Chläuse émettent des sons de gorges qui ressemblent parfois à des hurlements de chiens.

Cette coutume est très importante pour les habitants et les paysans. Lorsqu’ils sont appelés à sortir sur le pas de leur porte, on peut lire une vive émotion dans leurs regards. Les jeunes enfants sont quant à eux sont souvent partagés entre émerveillement et effroi. Il n’y a jamais d’applaudissement, cela ne relève pas d’un spectacle, mais bien d’une tradition pour chasser les mauvais esprits et laisser la place aux bons.

On profite de ce passage dans un silence quasi solennel où seuls les chants, les vœux et les carillons ont leur place.

Cette journée se prépare plusieurs mois à l’avance. La fabrication des costumes, et en particuliers de chapeaux et des masques, est un vrai travail d’orfèvre. Il y a les « Beaux » (Schöne), avec leurs robes et leurs grandes roues posées sur la tête qui illustrent des traditions villageoises, les « Vilains » (Wüeschte), qui portent des costumes de paille ou de branches et des masques effrayants et pour finir les « Beaux-Vilains » (Schö-Wüeschte), aux costumes de végétaux et aux masques faits de pommes de pins. On comprend rapidement pourquoi cette coutume est réservée aux hommes. Les déguisements ne pèsent pas moins de 20 kilos et 10 kilos pour les chapeaux les plus élaborés.

Les enfants participent activement à perpétuer cette tradition, les chants sont certes encore un peu enroués et dissonants, mais ils restent concentrés.

Cette tradition n’a pas fini de nous étonner. En effet, dans l’Appenzell, le nouvel an est célébré une seconde fois, selon le calendrier Julien, le 13 janvier. Je vous dévoilerai une nouvelle série d’images de ce nouvel an ancien, sous la neige cette fois-ci. Autant dire que cela va à nouveau « grelotter »!

Nos régions voisines ont de merveilleuses traditions à nous offrir … Soyez curieux et plongez-vous dans leur culture le temps de quelques heures.

Je ne saurais finir cet article sans vous souhaiter une excellente année 2017, qu’elle soit aussi colorée que les masques des Chläuse et aussi chaleureuse que les familles de l’Appenzell.

Belle découverte.

Céline

5 commentaires sur “L’appel des Chläuse dans l’Appenzell”

  1. Tu es une magnifique ambassadrice de la Suisse Céline! Je ne connaissais pas cette tradition de mon pays, il fallait qu’une française me la révéle (et de bien belle manière). Excellente année à toi aussi 🙂

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