C’est curieux, au fond, cette manie de photographier du linge qui sèche. Quand on me demande quelle est ma démarche, je ne sais jamais trop quoi répondre.




Peut-être qu’à mes débuts, je n’osais tout simplement pas braquer mon objectif sur les gens et leur visage. Mais au fil du temps, j'ai compris que c’était ma façon de suggérer la présence humaine sans jamais la plaquer sur l'image.
Retiré du corps, le vêtement prend une existence propre. C'est une manière plus douce de suggérer la présence humaine : montrer l'homme par son absence. Il raconte une histoire intime, une identité silencieuse.
Et ces photos, mises côte à côte raconte une tout autre histoire.



Ce qui me fascine aussi, c'est cette incroyable capacité du linge à apprivoiser le décor. Qu'il s'accroche au rebord d'un balcon ou aux murs gris d'une usine, le linge s'adapte à tout. Parfois, il me fait penser à des drapeaux à prières. On peut accumuler les costumes, se barricader derrière des apparats… au final, nos vêtements restent quand nous ne sommes plus là.
Et puis il y a ce simple fil qui relie des identités si différentes. Et pourtant, ils partagent le même espace, le même air.
Le fil symbolise le lien, la connexion. D'un bout à l'autre de la planète, ce geste quotidien de suspendre son linge nous rassemble tous dans un même air. Nous sommes des morceaux de tissu différents, mais c'est la même trame qui nous traverse.



Un jour, j'ai dû, à mon tour, faire preuve d'imagination pour un shooting de vêtements à Irkoutsk et sur le lac Baïkal. Je me suis régalée dans cet exercice créatif, même si les -45 °C imposaient une contrainte de taille : travailler vite, très vite, avant que tout ne gèle ... et surtout le modèle qui m'accompagnait aussi.
Voilà que je pouvais, moi aussi, accrocher du linge au bout du monde et m'inscrire dans cette histoire.
Bonne découverte et bienvenu dans mes archives d'images aux couleurs vives.
Céline

