{"id":8746,"date":"2016-06-12T19:44:58","date_gmt":"2016-06-12T17:44:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cfotogenic.com\/?p=8746"},"modified":"2017-06-04T18:06:32","modified_gmt":"2017-06-04T16:06:32","slug":"vie-de-pecheurs-a-oman","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/celinejentzsch.com\/en\/vie-de-pecheurs-a-oman\/","title":{"rendered":"Vie de p\u00eacheurs \u00e0 Oman"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Bonjour \u00e0 tous,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On entreprend un voyage au Sultanat d\u2019Oman surtout pour ses plages o\u00f9 viennent pondre les tortues, pour les souks de Mascate, pour les Wadis, les montagnes ou pour s\u2019aventurer en 4&#215;4 dans les d\u00e9serts de sable. Vous avez pu appr\u00e9cier la belle diversit\u00e9 de ce pays dans mon dernier article et je vous promettais la suite du voyage, qui elle sera tr\u00e8s diff\u00e9rente cette fois-ci, puisque je vous emm\u00e8ne \u00e0 la rencontre de p\u00eacheurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La longue route qui longe la c\u00f4te du nord au sud sur plusieurs centaines de kilom\u00e8tres peut s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s lassante. D\u2019un cot\u00e9 des dunes de sable blanc \u00e0 perte de vue, de l\u2019autre, la mer, tout aussi interminable. Quelques rares villages viennent rompre cette solitude accablante.<\/p>\n<blockquote><p>En bord de mer j\u2019aper\u00e7ois soudain au loin une concentration de mouettes en train de tournoyer dans le ciel. Que se passe-t-il et que peuvent-elles bien chercher\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Curieuse, je demande \u00e0 mon compagnon de bifurquer. Une route de sable nous m\u00e8ne sur une plage que je d\u00e9couvre avec consternation. Je crois d\u2019abord \u00e0 un d\u00e9potoir jusqu\u2019\u00e0 ce que je distingue des camions frigorifiques, des bateaux et des hommes encercl\u00e9s par ces milliers de mouettes. C\u2019est un lieu de p\u00eache qui s\u2019\u00e9tend sur des centaines de m\u00e8tres au milieu de nulle part. La sc\u00e8ne est poignante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je descends de voiture. Mes pieds s\u2019enfoncent dans le sable br\u00fblant jonch\u00e9 de d\u00e9tritus. Apr\u00e8s un tour d\u2019horizon, je me dirige pr\u00e9cautionneusement vers une plateforme en b\u00e9ton qui semble servir de quai de d\u00e9chargement. Avec surprise, je d\u00e9couvre la p\u00eache du jour. Raies et diverses familles de poissons c\u00f4toient crabes et autres crustac\u00e9s. Un homme qui semble \u00eatre le patron, en supervise le tri avant que ces produits de la mer ne rejoignent des caisses tapiss\u00e9es de glace pil\u00e9e. Les hommes m\u2019expliquent que la majorit\u00e9 de ces poissons partent pour Duba\u00ef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus loin, j\u2019aper\u00e7ois les p\u00eacheurs. A l\u2019heure o\u00f9 j\u2019arrive, ils ont fini leur journ\u00e9e. Certains sont en train de r\u00e9parer des filets, d\u2019autres sont affal\u00e9s sur le sable ou plut\u00f4t, sur un tapis de mati\u00e8res plastiques en tout genre, \u00e0 l\u2019ombre de quelques petites cahuttes rafistol\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces hommes viennent tous du Bangladesh. Ils ont quitt\u00e9 leur pays il y de nombreuses ann\u00e9es, pour certains depuis plus de 10 ans, en qu\u00eate d\u2019un emploi bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Un salaire qui leur permet dor\u00e9navant de retourner chez eux tous les deux ans pour retrouver leur famille l\u2019espace de quelques jours. Le reste du temps ils travaillent 6 jours sur 7 dans des conditions difficiles, dans des lieux inhospitaliers. Leurs jours de repos, ils errent sur \u00ab\u00a0leur plage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>A l\u2019heure o\u00f9 je vous \u00e9cris ces lignes, les hommes que vous pouvez apercevoir sur les photos sont en train de p\u00eacher, ou se reposent dans leurs cabanes qui ne sont qu\u2019un amoncellement de planches de bois, de filets multicolores et de t\u00f4les rouill\u00e9es.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au mois de mars lorsque je les ai rencontr\u00e9s il faisait d\u00e9j\u00e0 35 degr\u00e9s. En ce mois de juin, les temp\u00e9ratures peuvent facilement approcher les 50 degr\u00e9s. Leurs seules protections contre les rayons br\u00fblants du soleil seront des bonnets ou des cagoules en laine, des foulards et des v\u00eatements longs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette rencontre me bouleverse et nous d\u00e9cidons alors de dresser notre campement \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres des cabanes. Je d\u00e9sire \u00eatre sur place le matin de bonne heure dans l\u2019espoir de pouvoir assister au retour de p\u00eache. Alors que nous sommes en train de pr\u00e9parer notre souper sur notre r\u00e9chaud, trois hommes se promenant sur la plage et viennent \u00e0 notre rencontre, un oiseau bless\u00e9 dans la main. Je leur demande s\u2019ils allaient le manger, ils me sourient et me font non de la t\u00eate\u00a0; ou peut-\u00eatre \u00e9tait-ce un oui \u00e0 l\u2019indienne ? Nous sentons leurs regards curieux, ils sont surpris par notre pr\u00e9sence. Je ne pense pas que beaucoup de touristes viennent s\u2019aventurer sur cette plage inond\u00e9e d\u2019immondices naus\u00e9abondes et encore moins \u00e0 y dresser leur campement. Nous leur proposons de se joindre \u00e0 nous pour le souper, mais ils pr\u00e9f\u00e8rent refuser poliment, s\u00fbrement par timidit\u00e9, et repartent, d&#8217;un pas nonchalant, en direction de leurs abris.<\/p>\n<blockquote><p>Ce soir-l\u00e0, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, j\u2019observe la faible lueur qui \u00e9mane des cabanes. Le silence nocturne est troubl\u00e9 par le ronflement des g\u00e9n\u00e9rateurs. Les cris des chiens, eux, ne cesseront pas avant l\u2019extinction des lumi\u00e8res.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le deuxi\u00e8me jour, un des patrons omanais me propose d\u2019aller sur son boutre, amarr\u00e9 un peu plus loin en mer. Ces anciens bateaux de p\u00eache traditionnels en bois sont utilis\u00e9s depuis des mill\u00e9naires par les navigateurs arabes. Pour le rejoindre, nous embarquons sur une petite barque \u00e0 moteur et prenons le large gr\u00e2ce \u00e0 un pick-up 4&#215;4 qui nous pousse \u00e0 l\u2019eau. Arriv\u00e9s \u00e0 bord,\u00a0nous sommes invit\u00e9s \u00e0 nous asseoir \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du bateau et a sirot\u00e9 un th\u00e9 sucr\u00e9. L\u2019\u00e9quipage, toujours des Bangladais, est bien occup\u00e9. Alors que certains sont en train de charger des sacs de glaces, d\u2019autres font cuire du riz et du dal \u00e0 m\u00eame le sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 la fraternit\u00e9 et la camaraderie qui r\u00e8gne entre tous ces hommes, la hi\u00e9rarchie\u00a0est claire : les patrons sont des omanais, leurs dishdashas d\u2019un blanc immacul\u00e9 contrastent violemment avec les couleurs criardes des v\u00eatements des p\u00eacheurs, les Bangladais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je reviens plusieurs jours sur les lieux pour revoir ces p\u00eacheurs et \u00e9changer avec eux. Ils me questionnent sur les conditions de vie en France, en Suisse, en Europe. Je n\u2019arrive pas \u00e0 me r\u00e9soudre \u00e0 poursuivre ma route.\u00a0 Je leur apporte un peu de fraicheur et de verdure en leur montrant des photographies des montagnes suisses d&#8217;un calendrier \u00e9dit\u00e9 par Sam et le leur offre avant les quitter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le destin incertain et le dur chemin de vie de ces hommes me tourmentent, me questionnent. Je me sens impuissante et je pense souvent \u00e0 eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A bient\u00f4t,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00e9line<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces hommes viennent tous du Bangladesh. Ils ont quitt\u00e9 leur pays il y de nombreuses ann\u00e9es, pour certains depuis plus de 10 ans, en qu\u00eate d\u2019un emploi bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Un salaire qui leur permet dor\u00e9navant de retrouner chez eux tous les deux ans pour retrouver leur famille l\u2019espace de quelques jours. 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